Le Festival d'Avignon accueille cette année une œuvre singulière : «Songs of Grief» de Vanasay Khamphommala. Présentée à la FabricA, la pièce s'inspire du rituel funéraire laotien, le bangfai phii, pour offrir une cérémonie laïque et collective face à la mort. Le spectacle, qui dure environ 1h30, réunit six interprètes et un musicien, et invite le public à participer activement à un processus de deuil partagé.
Un rituel laotien revisité
Vanasay Khamphommala, metteur en scène français d'origine laotienne, a puisé dans ses racines pour créer cette œuvre. Le bangfai phii est un rituel traditionnel du Laos visant à accompagner l'âme des défunts vers l'au-delà. Dans «Songs of Grief», ce rituel est détourné pour s'adresser aux vivants : il ne s'agit plus de guider les morts, mais d'aider les spectateurs à apprivoiser leur propre rapport à la perte. «La pièce est née d'une urgence personnelle, celle de trouver une forme pour dire l'indicible», explique Vanasay Khamphommala dans un entretien à Libération. «Je voulais créer un espace où la tristesse n'est pas un tabou, mais une matière à partager.»
Une expérience immersive et participative
Dès l'entrée dans la salle, le public est invité à déposer des objets personnels sur une table centrale : photos, lettres, vêtements ayant appartenu à des êtres chers disparus. Ces artefacts deviennent les supports d'une cérémonie collective. Les comédiens, vêtus de costumes traditionnels laotiens, entonnent des chants polyphoniques mêlant textes anciens et paroles contemporaines. La scénographie, épurée, est dominée par des lumières tamisées et une odeur d'encens qui imprègne l'espace. «Nous voulons que le spectateur soit acteur de son propre deuil, qu'il puisse pleurer, rire ou chanter s'il le souhaite», précise le metteur en scène.
Un théâtre de la présence
«Songs of Grief» s'inscrit dans une tendance du théâtre contemporain à explorer les rituels comme outils de résilience. Khamphommala, formé à l'École du Théâtre National de Strasbourg, a déjà travaillé sur des pièces mêlant anthropologie et performance. Cette fois, il pousse la démarche plus loin en faisant du deuil un acte politique. «Dans une société qui occulte la mort, ce spectacle est une tentative de réapprendre à faire face ensemble», analyse la critique de théâtre Marie-Pierre Genecand. «Il y a une urgence à retrouver des gestes collectifs pour traverser les épreuves.» La pièce a été créée en 2023 au Théâtre de la Ville à Paris, où elle a rencontré un vif succès, avec plus de 80 % de taux d'occupation selon les chiffres de production.
Un festival marqué par la diversité
La programmation du Festival d'Avignon 2025, dirigé par Tiago Rodrigues, met l'accent sur les formes hybrides et les récits personnels. «Songs of Grief» fait partie d'une sélection de douze spectacles internationaux qui interrogent les rites et les croyances. Parmi eux, on trouve également «Requiem pour une rose» de la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo et «Le Chant des disparus» du collectif palestinien Al-Harah. Le festival, qui se déroule du 5 au 25 juillet, attend plus de 120 000 spectateurs cette année. Vanasay Khamphommala, lui, espère que son œuvre touchera un large public : «Je veux que les gens repartent avec la sensation d'avoir fait quelque chose d'utile, d'avoir pris soin de leur mémoire.»



