Ariane Mnouchkine présente ses excuses tout en dénonçant le traitement médiatique des accusations
Mnouchkine présente ses excuses, dénonce le traitement médiatique

Ariane Mnouchkine présente ses excuses tout en dénonçant le traitement médiatique des accusations

Ariane Mnouchkine, fondatrice légendaire du Théâtre du Soleil, s'est déclarée « prête à présenter toutes les excuses légitimement attendues par les victimes » dans une lettre diffusée jeudi sur le site de la compagnie et révélée par Le Monde. Cette déclaration intervient alors que la troupe est visée par une enquête judiciaire pour des accusations de violences sexuelles, mais la metteuse en scène de 87 ans dénonce parallèlement ce qu'elle qualifie de traitement médiatique excessif et injuste.

Des accusations graves et une enquête ouverte

La tempête médiatique et judiciaire a commencé fin mars 2025 lorsque la comédienne Agathe Pujol, ancienne bénévole de la compagnie, a témoigné devant la commission d'enquête parlementaire sur les violences sexuelles dans le milieu culturel. Elle a déclaré avoir subi une tentative de viol en 2010 par un membre de la troupe alors qu'elle était mineure. Suite à ces révélations, une enquête pour « chef de viol sur mineur de 15 ans et agression sexuelle sur mineur de 15 ans » a été ouverte l'été dernier, plongeant l'institution théâtrale dans une crise profonde.

Un audit externe demandé par le ministère de la Culture

Le Théâtre du Soleil fait également l'objet d'un audit externe complet sur les conditions d'emploi et de travail au sein de la compagnie. Cette décision fait suite à un article de Mediapart publié en décembre dernier, qui révélait de nouvelles accusations de violences sexuelles concernant huit femmes, anciennes salariées ou bénévoles. Les faits reprochés vont du harcèlement au viol, touchant notamment des mineures, et impliqueraient deux comédiens ayant depuis quitté la troupe, pour des événements présumés s'étendant de 2010 à 2025. Ces deux personnes rejettent fermement toutes les accusations. L'audit, démarré le 9 janvier, doit se conclure fin mars, ajoutant une pression institutionnelle supplémentaire sur l'organisation.

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La défense passionnée d'Ariane Mnouchkine

Dans sa lettre rendue publique, Ariane Mnouchkine exprime sa profonde indignation face à la manière dont certains médias dépeignent sa compagnie. « Que veulent-ils, ces accusateurs infaillibles ? Que cherchent-ils ? Le pilori, la mise à mort en place publique d'une entreprise de quatre-vingts salariés, comédiens, techniciens, costumières, artistes en tous genres, coupables de rien ! ? », s'interroge-t-elle avec véhémence. Elle défend farouchement l'héritage du Théâtre du Soleil, fondé en 1964 comme lieu d'expérimentation théâtrale et d'utopie artistique, rejetant catégoriquement l'image d'une « secte lubrique qui favoriserait sciemment les violences sexistes et sexuelles ».

Un contexte de succession artistique délicat

Cette crise survient à un moment particulièrement sensible pour l'avenir de la compagnie. En effet, des discussions sont en cours avec le ministère de la Culture concernant la succession artistique du Théâtre du Soleil, envisagée entre la troupe historique et le metteur en scène Sylvain Creuzevault. Ces négociations cruciales pour la pérennité de l'institution se déroulent donc dans un climat de tension extrême, où la réputation de la compagnie et son fonctionnement interne sont scrutés sous toutes les coutures.

Ariane Mnouchkine, tout en reconnaissant ses « lacunes, aveuglements et fautes éventuelles », maintient donc une position complexe : présenter des excuses aux victimes tout en contestant vigoureusement le récit médiatique dominant. Cette dualité reflète les tensions profondes qui traversent actuellement le monde culturel français, tiraillé entre la nécessaire prise en compte des violences sexuelles et la défense des institutions artistiques historiques.

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