TeMpo TiemPo dévoile la vie carcérale féminine au Théâtre des Beaux-Arts
La vie en prison des femmes mise en scène par TeMpo TiemPo

Une plongée sonore et visuelle dans l'univers carcéral féminin

Au Théâtre des Beaux-Arts, la compagnie TeMpo TiemPo propose une exploration audacieuse et nuancée de la vie des femmes en prison. Le spectacle s'ouvre sur une immersion sensorielle immédiate : un écoulement d'eau, des cliquetis métalliques, puis le grincement sinistre d'une porte qui se referme lourdement. L'atmosphère est posée, nous sommes bel et bien à l'intérieur d'un établissement pénitentiaire.

Un trio de personnages aux caractères marqués

La première voix que l'on entend est celle de Solaine, interprétée avec fougue par Inès Guiollot. C'est la grande gueule de la cellule, celle qui s'emporte contre l'injustice du système, confinée dans ses « 735 cm² » d'espace vital. Elle observe avec amertume : « L'autre jour j'ai lu que les corps pouvaient s'adapter et se modifier en fonction de leur environnement. »

Son contrepoint arrive sous les traits de Selma, jouée par Soraya Bénac, créatrice à l'origine du projet. À la manière d'un Buster Keaton au féminin, elle apporte une légèreté et une fluidité surprenantes, préférant l'expression des claquettes aux invectives verbales. Leur duo fonctionne à merveille, créant une dynamique captivante.

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Complétant ce tableau, la muette baptisée Soupir, incarnée par Silvana Gallinotti, devient le caillou dans la chaussure de Solaine. Sa présence silencieuse contraste avec les éclats vocaux de sa compagne de cellule, d'autant plus que cette dernière écoute en boucle les chansons d'Eddy Mitchell.

L'ironie comme arme de dénonciation

À travers ce trio, le spectacle décrit avec une ironie mordante les réalités de l'incarcération féminine. Les inégalités de traitement sont pointées du doigt sans pathos excessif : « Notre seule promenade autorisée, c'est le matin, 20 minutes. Promenade plus courte que celle des prisonniers hommes. »

L'humour noir sert de fil conducteur, comme lorsque Solaine lance : « On a qu'à recouvrir la France de maisons pour méchants. Et on laisse l'espace qui reste libre aux biches, aux lapins et aux gentils. » Cette approche permet d'aborder des sujets graves sans tomber dans le misérabilisme.

Une mise en scène inventive et évocatrice

La mise en scène de Mathieu Ehrhard se distingue par sa simplicité et son imagination. La scénographie repose sur trois blocs modulables qui forment les cellules, une trouvaille géniale qui évoque avec justesse le manque de lumière, le besoin d'intimité et l'isolement des détenues.

La superposition des sons et des images sollicite constamment l'imagination du spectateur. Les liens familiaux brisés, particulièrement la relation aux enfants laissés à l'extérieur, sont évoqués avec une poignante délicatesse : « Est-ce que j'habite tes cauchemars ? »

Un portrait globalement réussi malgré une légère réserve

Le spectacle dresse un portrait globalement juste et nuancé des conditions d'enfermement. Cependant, un passage abordant la question du racisme semble légèrement détonner. Le propos y devient un peu trop didactique, délaissant momentanément la subtilité et l'ironie qui font la force du reste de la représentation.

Malgré cette réserve mineure, « Miroir des (In)visibles » constitue une œuvre théâtrale puissante qui réussit le pari difficile de traiter d'un sujet grave avec humour et intelligence.

Informations pratiques

« Miroir des (In)visibles » de Mathieu Ehrhard par la compagnie TeMpo TiemPo, sur une idée originale de Soraya Bénac. Présenté au Théâtre des Beaux-Arts du mercredi au samedi jusqu'au 21 mars. Les représentations ont lieu à 20h30. Les tarifs varient de 14 à 25 euros selon les places.

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