« Eddy » au lycée : un spectacle poignant sur la violence sociale et sexuelle porté par des adolescents
« Eddy » au lycée : un choc théâtral sur les violences sociales et sexuelles

« Eddy » au lycée : un spectacle poignant sur la violence sociale et sexuelle porté par des adolescents

À Montpellier, la compagnie Le Cri Dévot a adapté En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis pour les lycéens, avec une première représentation au lycée Jean Monnet. Condensé en 55 minutes, ce spectacle, nourri d'une résidence avec des élèves, aborde l'adolescence, la violence sociale et l'homophobie. Il met en lumière une « double violence », des normes de genre au viol, dans une lecture actualisée à l'ère post-MeToo.

Un phénomène littéraire adapté pour les jeunes

En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis, ouvrage autobiographique dépeignant la classe ouvrière, la violence sociale, l'homophobie et l'éveil à la sexualité d'un adolescent « pas comme les autres », a été un phénomène littéraire à sa sortie en 2014, avec plus de 500 000 exemplaires vendus en France. La compagnie montpelliéraine Le Cri Dévot s'en est emparée avec l'idée de le présenter dans les lycées.

« On s'est retrouvés autour de deux axes : l'écriture autobiographique – dans la lignée d'Annie Ernaux – et la question de l'adolescence comme moment d'émancipation », confie Camille Daloz, metteur en scène, après la première représentation au lycée Jean Monnet. « Toutes les thématiques abordées font encore profondément écho à la vie des jeunes aujourd'hui. »

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Une résidence avec des élèves pour une parole authentique

Il a fallu trois saisons d'expérimentations dans les lycées d'Occitanie pour aboutir à cette adaptation, devenue « Eddy ». Pour la présentation au lycée Jean Monnet, la compagnie a réalisé une résidence de cinq jours avec des élèves de seconde, dont certains seulement ont choisi l'option théâtre.

« Notre ligne, c'est de travailler avec des ados, pour des ados, en partant de leur réalité », précise Camille Daloz. Une vingtaine d'élèves portent cette parole, aux côtés des quatre comédiens du Cri Dévot, incarnant Eddy, son frère et ses parents.

La double violence mise en lumière

Le spectacle adopte le point de vue d'un Édouard Louis adulte qui revisite son passé, dans une tentative de reconstruction et de réappropriation de son histoire. « C'est comme chez un psy, on reconvoque les souvenirs, on met des mots, on regarde ce que ça fait de dire la violence », explique le metteur en scène.

La pièce expose :

  • La cour du collège à 10 ans, avec coups de poing, crachats et banalisation de la violence.
  • La volonté d'Eddy d'adopter la masculinité et de sortir avec une fille pour échapper à l'étiquette de « pédé » ou d'enfant « un peu spécial ».
  • Les parents : le père, figure des « durs » qui rejette l'école pour l'usine, et la mère qui subit les privations, tous deux rejetant la différence perçue comme une honte.
  • Les schémas de domination et d'exclusion, jusqu'aux abus subis par Eddy dans un hangar, symbolisés par des mains s'enfonçant brutalement dans un sac, évoquant inceste et viol.

Le spectacle pose la question de comment relire le roman à l'ère post-MeToo, mettant en lumière « la double violence subie » : celle des normes de genre imposées et celle, physique, du viol. Même condensé, le texte garde toute sa force, renforcée par l'énergie des lycéens.

Représentation : Mercredi 25 mars à 19 h, lycée Jean Monnet, rue de Malbosc, Montpellier. Tarif : 5 €.

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