Caroline Vigneau réécrit Le Cid en version moderne et pédagogique
Caroline Vigneau réécrit Le Cid en version moderne

Caroline Vigneau réinvente Le Cid pour le XXIe siècle

«Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie», «Rodrigue as-tu du cœur», «A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire»... Caroline Vigneau connaît ces vers du Cid sur le bout des doigts. Après deux années d'immersion totale dans l'œuvre de Pierre Corneille, l'humoriste présente «Le Cid Pète un câble», une réécriture complète de la pièce du XVIIe siècle qui se joue au Théâtre des Mathurins du 15 janvier au 7 mars.

Une porte d'entrée vers le théâtre classique

L'initiative trouve son origine dans une expérience personnelle décevante. «Une fois j'ai emmené mes enfants voir l'Avare de Molière. Je n'ai pas arrêté de leur dire qu'ils allaient adorer. Mais ce fut tout le contraire, ils ont carrément détesté», confie Caroline Vigneau. Cette déconvenue l'a amenée à une prise de conscience cruciale : «Je voulais les initier au théâtre classique et je les en ai dégoûtés. Donc j'ai décidé d'offrir cette porte d'entrée aux autres».

Un travail solitaire de deux années

Si l'humoriste écrit habituellement ses propres spectacles, cette réécriture représente un défi d'une toute autre ampleur. «Non pas du tout. Enfin si, mes enfants ont participé», précise-t-elle avec humour. «Je leur demandais des conseils sur les termes modernes à utiliser. Je leur demandais si Rodrigue, s'il était un jeune homme à notre époque, pourrait dire telle ou telle expression. C'est d'ailleurs l'un de mes fils qui a trouvé le titre».

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Mais le travail d'écriture proprement dit a été mené en solitaire pendant deux longues années. «J'avais envie de mettre les mains dans le texte moi-même. Cette réécriture je l'ai faite seule», insiste-t-elle.

Respecter l'alexandrin tout en modernisant

L'un des choix artistiques les plus marquants de cette adaptation réside dans le maintien de l'alexandrin, la structure versifiée de l'œuvre originale. «Il était hyper important pour moi de respecter l'œuvre originale», explique Caroline Vigneau. «Je déconstruis, mais je construis surtout l'envie d'aller voir la pièce d'origine. J'ai donc fait une pièce pédagogique, complètement en alexandrin».

Cet exercice de style s'est avéré particulièrement exigeant. «Comme nous n'écrivons plus du tout de cette manière, c'était très excitant. C'est une gymnastique à acquérir. Croyez-moi j'en ai passé des jours à compter les syllabes sur mes doigts et à trouver des rimes».

Répondre aux critiques potentielles

Face aux éventuelles réticences concernant la modification d'un classique, Caroline Vigneau se défend avec conviction. «Je ne suis pas d'accord avec cette idée, encore moins quand il s'agit de Corneille», affirme-t-elle. «Il faut se rappeler que lui-même, à son époque, a été accusé de plagiat à la publication du Cid, car il avait réécrit une œuvre espagnole».

Cette perspective historique lui donne une légitimité particulière. «J'ai enlevé de nombreux passages, mais j'en ai également gardé beaucoup. Et si j'ai décidé de couper dans l'œuvre originale pour créer une pièce d'une heure trente, c'est pour que ce soit accessible à tout le monde».

Son objectif est clair : «Ce n'est pas réduire Corneille que de le rendre accessible. La culture n'est pas réservée à une élite. Ce que je veux faire comprendre c'est que j'adore Corneille, la beauté de son texte et c'est dans le plus grand respect de son œuvre que j'ai pris la décision de faire ce projet».

Une mise en scène sans interprétation personnelle

Contrairement à ses habitudes, Caroline Vigneau ne montera pas sur scène pour cette production. «J'admets que des fois ça me titille», reconnaît-elle. «Mais je m'occupe déjà d'écrire, de la mise en scène, du choix du théâtre, de la billetterie, des décors... Je ne pouvais pas, en plus, jouer».

Ce choix lui permet de se concentrer sur la transmission et de donner leur chance à de jeunes comédiens. «Je voulais donner leur chance à de jeunes comédiens, sortis d'écoles, qui connaissaient encore par cœur leurs classiques. Car il faut savoir déclamer des alexandrins de manière naturelle, c'est difficile».

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Des moments forts et une surprise musicale

Interrogée sur son moment préféré dans la pièce, Caroline Vigneau évoque avec enthousiasme «tous les moments où l'on entend les tirades». Elle souligne combien «c'est étonnant de voir que l'on connaît autant de vers sans réaliser qu'il provienne de cette pièce».

Mais la plus grande satisfaction réside peut-être dans une collaboration inattendue : «J'ai réalisé un rêve. J'ai réussi à faire chanter MC Solar sur 'Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie'», révèle-t-elle, illustrant ainsi parfaitement l'esprit de cette adaptation qui fait le pont entre classicisme et modernité.