La jeune metteuse en scène brésilienne Carolina Bianchi, 28 ans, ne fait pas dans la demi-mesure. Présentée au Festival d'Avignon 2026, sa pièce Cadeira nº 5 ("Chaise n° 5") est un choc. Dans un entretien au Monde, elle explique sa vision d'un théâtre qui "a besoin d'être l'enfer et le chaos". Pour elle, la scène doit être un lieu de confrontation avec les pulsions les plus sombres, un espace où la violence et le désir s'entremêlent sans filtre.
Un théâtre viscéral et politique
Carolina Bianchi puise son inspiration dans les marges. Son travail, souvent qualifié de "gore" ou "pornographique", interroge les structures de pouvoir et la condition féminine. Cadeira nº 5 met en scène une femme qui se confronte à son propre corps et à l'histoire des violences faites aux femmes. "Je veux que le spectateur ressente physiquement ce qui se passe sur scène", affirme-t-elle. La pièce inclut des images crues, des sons stridents et une proximité dérangeante avec le public.
Une reconnaissance internationale
Bianchi a déjà fait parler d'elle au-delà du Brésil. En 2024, sa performance O Caderno Rosa de Carolina avait créé la polémique à la Biennale de São Paulo. Aujourd'hui, elle est invitée dans des festivals prestigieux comme Avignon, où elle bénéficie d'une large visibilité. "C'est à la fois une chance et une responsabilité", confie-t-elle. "Je dois rester fidèle à ma radicalité, même face à un public européen parfois plus policé."
"Le théâtre doit faire mal"
Pour Carolina Bianchi, le théâtre ne doit pas être un divertissement confortable. "Il doit faire mal, il doit déranger", insiste-t-elle. Elle cite Antonin Artaud et sa notion de "théâtre de la cruauté" comme référence majeure. "Mais je ne veux pas simplement reproduire Artaud. Je veux un théâtre qui parle de notre époque, de ses violences spécifiques, de la manière dont les corps sont contrôlés et mutilés."
La controverse comme outil
Les réactions à son travail sont souvent extrêmes : certains spectateurs quittent la salle, d'autres sont en larmes. Pour Bianchi, c'est exactement le but recherché. "Si personne ne se sent mal, c'est que je n'ai pas fait mon travail", dit-elle en souriant. Elle assume pleinement la dimension provocatrice de son art, mais refuse d'être réduite à une simple "provocatrice". "Il y a une vraie réflexion derrière chaque scène. Ce n'est pas du choc gratuit."
Un message féministe puissant
Au-delà de la provocation, Cadeira nº 5 porte un message profondément féministe. La pièce explore le thème du consentement, de la mémoire traumatique et de la résistance. "Les femmes sont trop souvent cantonnées à des rôles de victimes dans l'art. Je veux montrer leur rage, leur puissance, leur capacité à se réapproprier leur corps", explique Bianchi. La pièce inclut des témoignages réels de femmes brésiliennes victimes de violences, transformés en matière théâtrale.
Un spectacle qui divise
Les critiques sont partagées. Certains saluent un "théâtre nécessaire" qui brise les tabous, d'autres dénoncent un "spectacle gore sans intérêt artistique". Bianchi ne se laisse pas déstabiliser : "Les critiques font partie du jeu. Ce qui compte, c'est que les gens continuent à parler de la pièce après l'avoir vue. Qu'ils la détestent ou l'adorent, l'important est qu'elle les marque."
L'avenir du théâtre radical
Carolina Bianchi incarne une nouvelle génération d'artistes qui repoussent les limites de la scène. Pour elle, le théâtre doit redevenir un espace de risque, à l'opposé des productions aseptisées. "Nous vivons dans un monde où tout est contrôlé, lissé. Le théâtre est l'un des derniers endroits où l'on peut encore expérimenter le chaos en toute sécurité", conclut-elle. Son passage à Avignon confirme que le théâtre radical a encore de beaux jours devant lui.



