Ça va ça va. Le titre du spectacle que Camille Chamoux reprend ces jours-ci au Théâtre des Bouffes-Parisiens, à Paris, sonne étrangement au regard de l'actualité internationale. Cinq ans après son « seule-en-scène » Le Temps de vivre (couronné par un molière) où elle prônait un mélange d'optimisme et de résignation face aux effets ravageurs de la révolution technologique en cours dans nos existences, l'humoriste, révélée il y a douze ans par l'excellent Née sous Giscard, partage cette fois-ci ses angoisses et ses interrogations face au temps qui passe et aux épreuves de la vie. Toujours aussi drolatique, parfois un brin plus mélancolique, Camille Chamoux se produit accompagnée par le pianiste Gabriel Mimouni. Pour Le Point, elle revient sur les figures qui l'ont marquée : de Victor Hugo à Jacqueline Maillan et Pierre Richard en passant par Shannen Doherty.
Un spectacle né d'une prise de conscience
Le nouveau spectacle de Camille Chamoux aborde des thèmes plus lourds que précédemment. Interrogée sur une possible manifestation de l'approche de la cinquantaine, elle répond : « Il résulte plutôt d'une prise de conscience un peu sinistre : la fin de l'idée de l'immortalité. Celle-ci peut survenir à n'importe quel âge. J'ai eu la chance d'être épargnée par les grands drames de la vie jusqu'à il y a trois ans. Coup sur coup, le décès de ma belle-mère et un accident bête [des ligaments croisés arrachés, NDLR] m'ont fait envisager sérieusement la question de la finitude de l'existence. Comme à chaque fois, un mécanisme d'autodéfense s'est alors enclenché. Et l'idée de ce nouveau spectacle d'humour est apparue. »
Le rire comme thérapie
Pour elle, le rire n'est pas seulement une thérapie personnelle. « L'humour est assurément le meilleur moyen qu'on ait trouvé pour surmonter les difficultés. Nous sommes nombreux à avoir conscience que, pour vivre heureux, il ne faut pas trop prendre les choses au sérieux. La dérision a ceci de merveilleux qu'elle met à distance ce qui nous agace. Je suis convaincue que les événements, même les plus pénibles, perdent de leur pénibilité dès lors qu'on les prend au second degré. »
La révélation tardive du talent comique
Camille Chamoux a commencé sa carrière en jouant un théâtre très classique au sein de la troupe de Régis Santon. Ce n'est qu'en 2006 que la metteuse en scène Pauline Bureau l'a encouragée à écrire son premier spectacle d'humour, Camille attaque. Avant, elle n'aurait pas osé. Elle cite Valérie Lemercier comme une influence majeure, « un don immense pour convertir ce qui pourrait apparaître comme tragique de prime abord en un sketch irrésistible. »
Souvenirs d'enfance et modèles
Adolescente, elle n'était pas une fan, mais elle a été marquée par les spectacles de Jacqueline Maillan qu'elle regardait avec sa grand-mère. « Voir ma grand-mère rire à gorge déployée face aux improvisations de Jacqueline Maillan m'impressionnait beaucoup. » Elle a également été frappée par L'Avare avec Michel Serrault, qu'elle a vu à 8 ou 9 ans. « Je le revois descendre de scène au milieu des spectateurs et s'arrêter devant moi. Il a fait le monologue de la cassette sous mes yeux en accentuant chaque mot à un point tel que je suis partie dans un fou rire incontrôlable. »
Les premières expériences théâtrales
Peu de temps après, elle a joué L'Avare pour sa grand-mère, qui souffrait d'une dépression après un accident. « Mon frère Benoît faisait Harpagon et je jouais son domestique, La Flèche. J'avais enfilé un bonnet de marin pour dissimuler mes cheveux longs et je suis très contente car nous avons réussi à la faire rire. »
Les spectacles qui ont marqué sa vie
Elle cite Résonances au théâtre de l'Atelier, mise en scène d'Irina Brook, avec Jérôme Kircher, comme une expérience forte. Mais le spectacle qui l'a « mise KO debout » est Chaos debout de Jacques Lassalle, avec Anouk Grinberg et Dimitri Rataud. Elle l'a vu sept fois lors de son premier Festival d'Avignon en 1998. Elle est également une grande admiratrice d'Olivier Py, dont elle a vu tous les spectacles depuis L'Apocalypse joyeuse.
Influences culturelles
Dans sa chambre d'adolescente, elle avait une grande photo de Michael Jackson, mais son mur était couvert de graffitis. Elle avoue avoir menti à ses camarades de classe en prétendant avoir vu Michael Jackson en concert, un « gros pipeau » pour paraître cool. Au cinéma, le choc a été La Liste de Schindler, qu'elle est allée voir seule à 15 ans. « Je pense n'avoir jamais autant pleuré de ma vie. Trois heures après être sortie de la salle du Kinopanorama, je sanglotais encore. »
Les séries télévisées
Elle a grandi dans une maison où la télévision était interdite en semaine, mais elle se rattrapait en regardant des séries comme Sauvés par le gong, Un toit pour dix et surtout Beverly Hills. « J'ai réalisé avec étonnement que la plupart des élèves de ma classe de khâgne de Fénelon, que je prenais pour des gros intellos, étaient encore plus fans que moi de cette série. »
La littérature
Elle a contracté une passion pour Victor Hugo à la fin de l'école élémentaire, lorsqu'elle était alitée après des interventions d'orthodontie. Sa mère lui a donné Les Misérables et elle a adoré. Balzac était un sujet de discussion avec son grand-père, François Chamoux, qui n'aimait pas La Comédie humaine et lui conseillait d'autres œuvres. Aujourd'hui, son écrivain préféré est Philippe Jaenada, dont elle a offert Le Chameau sauvage à ses collègues. Elle mentionne également Diastème, dont l'humour dans le courrier des lecteurs du magazine 20 ans l'a influencée. Ses dernières lectures incluent L'Effondrement d'Édouard Louis et Des filles comme il faut de Nadia Daam.
Recommandations pour le moral
Pour remonter le moral, elle conseille La Chèvre de Francis Veber avec Pierre Richard, son acteur préféré. « Tout le monde adore Louis de Funès, mais moi je suis définitivement et irrévocablement 'team Pierre Richard' ! Sa maladresse est très touchante. » Elle recommande aussi La Soupe au canard des Marx Brothers, qu'elle a testée avec des enfants lors d'un ciné-club.
Camille Chamoux est à l'affiche du Théâtre des Bouffes-Parisiens (Paris 2e) jusqu'au 20 juin 2026.
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