Une adaptation décevante de « Madame Bovary » au théâtre de la Ville
Une piste de cirque sert de cadre à une femme en robe meringue, Emma, tournoyant sur elle-même. La musique hurle, une vidéo est projetée au-dessus de la scène, et une sorte de Madame Loyal harangue le public au micro. Dès le départ, l'accumulation est écrasante. L'idée de départ semble pourtant claire : déconstruire le roman de Flaubert, intitulé ici « Bovary Madame », pour en faire un spectacle burlesque, un « Rocky Horror Show » mêlant cirque et scènes gores, avec l'ambition d'affranchir l'héroïne flaubertienne. Dans cette version réinventée, Emma ne se suicide pas ; elle choisit plutôt de se transformer en bête de foire pour reprendre le contrôle de son histoire. Une proposition audacieuse, mais qui peine à convaincre.
Des moyens techniques usés jusqu'à la corde
Christophe Honoré, annoncé comme l'événement de cette saison théâtrale, cherche à être audacieux. Cependant, tout dans cette débauche brouillonne de moyens techniques et de clins d'œil contemporains paraît attendu, insignifiant et ennuyeux. Le dispositif vidéo, par exemple, utilise une petite caméra baladeuse entre les mains des acteurs, montrant leur visage en gros plan ou des saynètes interprétées en coulisses. Ce procédé est usé jusqu'à la corde : de nombreux metteurs en scène l'ont employé ces dernières années, souvent jusqu'à la nausée. Contrairement à Guy Cassiers, qui dans Les Démons (2021) utilisait une caméra baladeuse avec subtilité pour offrir une vision à 360° du drame, Honoré en fait un simple gadget, rappelant au public, de manière redondante, qu'il tente de renouveler un classique.
Le corps en spectacle : une nudité sans puissance
La nudité est également au cœur du spectacle, mais elle manque de sens. Depuis quelques années, il est courant de voir des comédiens se déshabiller sur scène, sans que cela ne soit révolutionnaire. Flaubert, en évoquant l'asservissement conjugal et l'éveil au plaisir de son héroïne, donnait du sens à la nudité des corps. Ici, la puissance du désir est traitée en mode grand-guignol : montrer son cul, ses seins ou baisser son pantalon est présenté comme un geste radical, mais en 2026, cela semble dépassé. Le public hésite à rire, nullement ému, et se lasse rapidement de ce déshabillage généralisé.
Pour tenter de le réveiller, la pièce évoque l'orgasme d'Emma, mais l'actrice Ludivine Sagnier quitte bizarrement la scène, laissant place à Madame Loyal, interprétée par Marlène Saldana. Cette dernière surjoue un strip-tease, mimant un interminable coït au centre de la piste, comme si son corps devait assumer seul l'obscénité de la scène. On souffre pour elle et pour tous les comédiens, dont le talent indéniable est gâché par des tirades qui tombent à plat dans ce gloubi-boulga innommable.
Un public en quête d'échappatoire
Pendant la représentation, un spectateur somnole, tandis qu'une dame scrute les rangées pour trouver une échappatoire. Peut-on sortir de cet enfer ? Quelques chanceux y parviennent, mais les autres doivent patienter pendant deux heures trente, un pensum qu'il vaut mieux employer à lire ou relire le texte original de Flaubert, tellement appauvri ici.
Gustave Flaubert fut jadis jugé pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs » après avoir refusé de condamner son héroïne infidèle, choquant ainsi son époque. Christophe Honoré, quant à lui, coche paresseusement toutes les cases de la sienne, sans parvenir à provoquer la même intensité.
« Bovary Madame », d'après le roman de Gustave Flaubert, dure 2h30. Mise en scène par Christophe Honoré, la pièce est présentée au théâtre de la Ville jusqu'au 16 avril.



