Sandrine Bonnaire bouleverse Nîmes dans 'L’Amante anglaise' de Marguerite Duras
Au théâtre Christian-Liger à Nîmes, Sandrine Bonnaire a livré une performance bouleversante ce jeudi dans L’Amante anglaise de Marguerite Duras. Interrogée par Frédéric Leidgens, l’actrice conserve avec maestria le mystère insondable de son personnage, Claire Lannes.
Une pièce inspirée d’un fait divers glaçant
Marguerite Duras, autrice fascinée par les faits divers, adapte ici une histoire vraie et terrifiante. Une femme a découpé le corps de sa cousine sourde et muette, dispersant les morceaux à bord de différents trains. La pièce explore l’impénétrabilité de la folie, ce noyau résistant qui défie toute compréhension.
Une vie de silence et d’indifférence
La représentation s’ouvre sur Pierre Lannes, interprété avec une distance teintée d’humour par Grégoire Ostermann. Pendant une heure, il décrit une vie conjugale dénuée d’amour, une existence côte à côte dans l’indifférence la plus totale. Claire, son épouse, lui est profondément étrangère.
Puis Sandrine Bonnaire fait son entrée, reprenant le rôle créé par Madeleine Renaud. Vêtue d’une petite robe noire, secouée de tremblements, la bouche se tordant sur un non, les mains tordues, elle incarne une Claire Lannes fragile et dévastatrice. Elle a gardé pour elle la tête de sa victime, et avec elle, son secret ultime.
La parole libératrice de l’horreur
Claire n’est ni sourde ni muette, mais elle n’a jamais pris la parole, car on ne la lui a jamais donnée. Soudain, elle parle. Elle dit la folie, l’horreur de la boucherie, le dégoût face à son propre crime. Sandrine Bonnaire, dans une interprétation d’une rare intensité, nous entraîne sur une pente glissante où beaucoup pourraient chuter.
L’interrogateur anonyme, assis au premier rang, pose les questions que nous nous posons tous. Il n’est pas juge, et n’obtiendra pas plus de réponses que nous. Le mystère demeure entier, renforcé par la performance magistrale de Bonnaire.
Cette soirée au théâtre Christian-Liger rappelle aussi le lien de Sandrine Bonnaire avec Nîmes, où elle tourna l’un de ses premiers films avec Agnès Varda. Ce jeudi, c’est sur les planches qu’elle a de nouveau marqué la ville, portant un texte durassien d’une puissance rare.



