Martin Parr à l'honneur à la Maison de la photographie de Toulon
Martin Parr : rétrospective à Toulon jusqu'au 19 septembre

La Maison de la photographie de Toulon rend hommage à Martin Parr, photographe britannique disparu en décembre dernier, avec une exposition intitulée « Martin Parr, short & sweet ». Présentée jusqu'au 19 septembre 2026, cette rétrospective propose une immersion dans l'œuvre d'un artiste qui a transformé les scènes les plus banales en une critique acerbe de la société contemporaine, toujours teintée d'humour.

Un regard décalé sur la reine et la foule

Dès l'entrée, un cliché emblématique résume l'art de Parr : la reine Élisabeth II, de dos, se dirigeant vers sa voiture tandis qu'une horde de badauds, téléphone en main, la mitraille. « C'est l'art du contre-pied, avec la souveraine photographiée de dos, la couleur criarde de sa tenue bleue, et cette impression troublante d'être nous-mêmes photographiés », explique Rémi Kertenian, directeur des affaires culturelles de la Ville et commissaire de l'exposition.

Des débuts en noir et blanc dans le Yorkshire

Si Martin Parr est connu pour ses couleurs saturées et son goût du kitsch, l'exposition débute par ses premiers tirages en noir et blanc, réalisés entre 1975 et 1980 dans le Yorkshire et le nord de l'Angleterre. Ces clichés documentent les communautés méthodistes. « Même sans couleur, le regard est déjà là. Les cadrages, encore académiques, commencent à se décaler », note Rémi Kertenian. Parmi eux, le portrait d'un laveur de vitres en équilibre sur un pied interroge sur une possible mise en scène. « Pas du tout. Il est proche de l'instant décisif de Cartier-Bresson. Martin Parr, c'est l'art du détail qui tue ! », assure le commissaire.

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Tourisme de masse et écologie dans l'objectif

Le reste de l'exposition plonge dans l'univers le plus célèbre de Parr : son observation des travers du tourisme de masse. Dans les tours de Notre-Dame de Paris, il immortalise des visiteurs massés derrière une grille, tandis que les gargouilles semblent jouir d'une plus grande liberté. « Derrière l'humour, il y a une observation acérée de nos comportements », résume Rémi Kertenian. Les séries sur les plages de Brighton, ancienne station balnéaire chic devenue populaire, offrent un terrain d'observation de la pollution, de la consommation de masse et des classes populaires fragilisées. « Il observe une société ouvrière touchée par les transformations économiques. Avec ces enfants qui jouent parmi les déchets, il compose une chronique sociale aussi ironique qu'empathique », souligne-t-il.

Une scénographie anticonformiste

La vision singulière de Parr lui a longtemps fermé des portes. S'il finira par présider l'agence Magnum, il a d'abord été rejeté. « Il était jugé trop artistique, pas assez conforme aux codes du reportage classique. Mais lorsque les journaux ont commencé à utiliser ses images pour illustrer leurs articles, les choses ont changé », rappelle Rémi Kertenian. À Toulon, cet anticonformisme se retrouve dans la scénographie : une salle rassemble des dizaines de photographies de la série Common Sense, simplement punaisées au mur. Gros plans de nourriture industrielle, objets en plastique, emballages… « Une abondance de matière et de couleurs comme une métaphore de la société de consommation », commente le commissaire. « Martin Parr nous dit : “Débrouillez-vous, faites ce que vous voulez. Mon travail est fait. Maintenant, c'est à vous.” »

Informations pratiques

L'exposition « Martin Parr, short & sweet » est à voir à la Maison de la photographie de Toulon jusqu'au 19 septembre 2026. Entrée libre du mardi au samedi de 12h à 18h.

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