Le légendaire voilier d'époque Hallowe'en, véritable œuvre d'art centenaire, est amarré au port Vauban à l'occasion des Voiles d'Antibes 2026. Construit en 1926 sur les plans du célèbre architecte William Fife, ce prestigieux voilier célèbre ses 100 ans d'existence lors de la 31ᵉ édition de l'événement. Toujours vaillant et d'une finesse rare, ce chef-d'œuvre de la charpenterie marine s'apprête à défier les vagues de la Méditerranée aux mains de son fidèle équipage irlandais.
Un centenaire en pleine forme
Le tapis bleu longe une interminable rangée de voiliers dénudés, leurs voiles blanches sagement affalées en attendant la 31e édition des Voiles d'Antibes. Un rassemblement de soixante-dix yachts du siècle dernier, qui débute aujourd'hui. Dans le faux désordre de fils et de mâts, l'un des navires – silhouette de bois tout en finesse – souffle ses cent bougies : le Hallowe'en, né en Écosse avant d'être mis à l'eau en 1926. À son bord, une tête détonne au sein du petit équipage : Declan Hayes, l'un des deux copropriétaires du navire historique. Un Irlandais habitué de l'événement, qui se déroule au port Vauban : « Cela fait vingt ans que nous venons ici. Le bateau a été basé à Cannes pendant seize ans, avant de déménager à Barcelone. »
Une œuvre d'art fonctionnelle
Sans attendre, le capitaine s'engouffre dans les entrailles de la coque. À l'intérieur, la technologie se mêle à une authentique décoration d'antan. « Tout le bois, les puits de lumière et la barre à roue sont d'origine. Le bateau conserve son esprit », détaille-t-il, le regard sans doute aussi pétillant que le jour où il a racheté le gréement, avec cinq acolytes, en 2007. Sur les murs, d'anciennes photographies du Hallowe'en, alors dans la fleur de l'âge, en attestent. Au-delà d'un entretien drastique pour le maintenir à flot et quelques travaux majeurs dans les années 1990, même cent ans après, presque rien n'a changé à bord. À l'exception d'une station de navigation dernier cri, des couchettes réaménagées et de la cuisine, cette dernière disposant désormais d'un four. Et le propriétaire de résumer, non sans fierté : « C'est une véritable œuvre d'art fonctionnelle. »
L'essentiel est d'apprécier le moment
Sera-t-elle pour autant à la hauteur de la course qui l'attend, soit quatre manches de régate organisées jusqu'à dimanche, de 10h à 17h ? « S'il y a peu de vent, on ne pourra peut-être pas “courir” certains jours, mais l'essentiel est d'apprécier le moment », sourit Declan Hayes, les mains posées sur sa « lady ». Le palmarès du Hallowe'en reste malgré tout plus qu'honorable : « L'année dernière, nous avons disputé neuf régates et remporté plusieurs distinctions sur le circuit méditerranéen, notamment dans les catégories des grands bateaux et des yachts d'époque et classiques. C'était une très belle année ! » Une gageure lorsqu'on sait à quel point naviguer sur ce voilier long de 24,7 mètres relève d'une maîtrise à toute épreuve. « Il est très sensible et gîte (s'incline) beaucoup en mer, admet le matelot invétéré. Avoir le pied marin est plus qu'indispensable ; sinon, bonjour le mal de mer ! »
Une histoire mouvementée
Pour un voilier, atteindre cent ans et flotter encore n'a pas été de tout repos. Commandé en 1926 par le colonel Baxendale pour participer à la toute première course du Fastnet, organisée par le Royal Ocean Racing Club, l'Hallowe'en a été construit en Écosse, dans les chantiers navals du célèbre architecte William Fife. Une œuvre dont il aurait été très fier, au point de dire : « Hallowe'en est le yacht parfait pour les gentlemen. “Elle” est un bijou. » Après avoir brièvement servi de navire de croisière, il rejoint par la suite le Royal Norwegian Yacht Club et y restera un bon moment, utilisé à plusieurs reprises par le futur roi de Norvège, alors prince Olav. Plus tard, la partie la plus marquante de son histoire se déroule sur la côte Est des États-Unis, où il navigue sous le nom de Cotton Blossom IV. « Il a remporté un nombre impressionnant de régates sur ce circuit », raconte Declan Haynes, désormais copropriétaire du navire.
Une fin de vie avant une incroyable renaissance
Dans les années 1980, il connaît une période plus sombre en devenant un bateau de charter dans les Caraïbes. Alors en mauvais état, il est finalement cédé à une école-atelier, à Newport. C'est là qu'il est restauré avant de revenir en Europe sous son nom d'origine : Hallowe'en. Par la suite, il appartient à plusieurs propriétaires européens qui modifient son gréement. « C'est pour cela que nous avons, de nos jours, un mât plus grand mais une bôme [barre rigide fixée à l'horizontale à la base du mât d'un bateau] plus courte, qui ne dépasse plus à l'arrière », détaille Declan Haynes. Aujourd'hui, il sait qu'il « fait partie de la vie du bateau » plus que le contraire : « Le sentiment que nous partageons avec tout l'équipage, c'est que nous ne sommes que ses gardiens. » Et de poursuivre avec émotion : « Son histoire est remarquable, d'autant plus que ce voilier n'a jamais été abandonné. Il a toujours été utilisé en mer ou entretenu en chantier. »



