Chaque jeudi de l'été, le site archéologique d'Ambrussum ouvre ses portes pour des ateliers et jeux. Au cœur de cette découverte, la Via Domitia, première route romaine construite en Gaule, dont les vestiges pavés sont encore visibles. Cette voie antique fascine les visiteurs et les chercheurs depuis des décennies.
Un site occupé depuis le néolithique
La colline d'Ambrussum, dominant le Vidourle et la Petite Camargue, offre une protection naturelle exploitée dès la préhistoire. « On retrouve la trace d'une occupation du lieu dès le néolithique, grâce, en particulier, à la présence de silex », précise Simon Azéma, responsable du site et du musée archéologique. Mais la notoriété d'Ambrussum vient surtout de son occupation entre le IVe siècle avant notre ère et le IIe siècle. « Ici, on peut comprendre comment s'est passée la conquête romaine, comment s'est concrétisée la transition entre la période gauloise et romaine. Un des sujets majeurs de recherches, c'est la romanisation du cœur du village gaulois », explique-t-il.
Cette richesse repose sur trois découvertes remarquables : l'oppidum gaulois, autrefois entouré d'un rempart et romanisé au Ier siècle avant notre ère, le relais routier, et le pont Ambroix avec ses fragments de Via Domitia.
La Via Domitia : voie militaire puis commerciale
La Via Domitia est la première route romaine construite en Gaule. « Au départ, c'est une voie militaire, elle est dédiée aux déplacements et au ravitaillement des armées », rappelle Simon Azéma. Elle repose probablement sur des routes préexistantes ouvertes par les Grecs lors de la création des comptoirs d'Agde ou de Marseille. « Les Gaulois étaient de très bons fabricants de chars et chariots, et sous la voie pavée qui traverse la ville d'Ambrussum, le substrat rocheux et le tracé sont gaulois », ajoute-t-il.
Contrairement à une idée reçue, la Via Domitia n'était pavée que dans les traversées urbaines, financées par les villes. À l'extérieur, l'État romain prenait en charge des voies droites de 6 mètres de large, constituées de couches de galets, avec des fossés pour l'évacuation de l'eau. Le changement majeur intervient sous Auguste (63 av. J.-C. à 13 ap. J.-C.). « À cette période, Rome n'a plus d'ennemis à des milliers de kilomètres, et met en marche la romanisation. Les voies romaines qui forment l'arc méditerranéen comme Domitia (du col du Perthus à Briançon), Augusta (de Cadix au Perthus) ou Aurelia (Provence) sont améliorées. Utilisées d'abord à des fins militaires, elles deviennent commerciales », raconte le responsable.
Des objets témoins de l'histoire
L'importance d'Ambrussum sur la Via Domitia est attestée par trois objets archéologiques majeurs : les gobelets de Vicarello, la table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin de Bordeaux à Jérusalem. Les gobelets de Vicarello, en argent, retrouvés dans un lac italien et conservés au musée des Thermes à Rome, portent 113 étapes gravées de Cadix à Briançon, dont Ambrussum. La table de Peutinger, six rouleaux de parchemins copiés au Moyen Âge, représente le monde romain du IIIe siècle sur 80 mètres, d'Angleterre aux Indes. Une copie à l'échelle est visible au musée d'Ambrussum, montrant qu'à l'époque, la ville était désertée mais le relais routier fonctionnait encore. L'Itinéraire d'Antonin, écrit en 333, indique les étapes pour les pèlerins, avec couchages et nourriture ; une copie est à la BNF.
Le site archéologique couvre 11 hectares, dont 5 étaient occupés par la ville gallo-romaine. Depuis les années 80, l'association des Amis d'Ambrussum a lancé des fouilles, et entre 2000 et 2010, la communauté de communes du Pays de Lunel a aménagé le site avec musée, parkings et 15 panneaux d'interprétation. En 2016, le musée a été reconnu service éducatif par l'académie de Montpellier, multipliant l'accueil des scolaires.
Les 12 travaux d'Ambrussum : un jeu estival
Depuis deux ans, tous les jeudis soir de l'été, le musée organise un jeu familial intitulé « Les 12 travaux d'Ambrussum ». Le nom fait référence à Héraclès (Hercule), qui dans la mythologie grecque ouvrit les voies de l'arc méditerranéen lors de son douzième travail en Andalousie. Le jeu propose 12 défis sur la culture gallo-romaine ou l'archéologie. Les équipes de 2 à 5 joueurs (12 équipes maximum) disposent de 5 minutes par défi. « C'est à mi-chemin entre l'escape game et Fort Boyard », résume Simon Azéma. Rapidité, adresse et réflexion sont les clés de la réussite.
Rendez-vous tous les jeudis de l'été à 19h30 pour 1h30 de jeu, entouré de discussions. Inscriptions obligatoires au 04 67 02 22 33. Tarif : 8 €, 5 € pour les moins de 18 ans.



