Derrière la discrète église Saint-Benoît, au 117, boulevard Francis-Meilland, se cache un destin hors du commun : celui de Van Caloen, un aristocrate belge devenu moine, missionnaire en Amazonie, puis bâtisseur du cap d'Antibes. Ce religieux a offert au quartier son véritable cœur spirituel et social, une œuvre toujours visible près d'un siècle plus tard.
Un cap d'Antibes loin de faire rêver au XIXe siècle
Avant d'être le quartier prisé que l'on connaît, le cap d'Antibes était presque un désert. « On imagine un lieu de villégiature mais, au XIXe siècle, c'était presque un désert », explique l'historienne Nathalie Aguado, auteure de plusieurs ouvrages sur l'histoire du Cap. Les terres pauvres, le manque d'eau et les cultures peu rentables rendaient la vie difficile. Surtout, le secteur inspirait la crainte : Antibes, place forte militaire, subissait des attaques régulières, et les incursions barbaresques alimentaient l'insécurité. Les rares cultivateurs préféraient vivre derrière les remparts plutôt que dans cette campagne isolée.
En 1872, on ne recense que 326 habitants sur l'ensemble du cap, principalement des agriculteurs. Il n'existe ni village, ni véritable hameau, et surtout aucune église. « Dans presque tous les villages de France, le clocher est le cœur de la vie locale. Ici, il n'y en avait pas. La seule présence religieuse était la chapelle de la Garoupe, destinée avant tout aux marins », rappelle Nathalie Aguado.
De l'Amazonie au cap d'Antibes : un destin hors norme
Né en Belgique en 1853, fils aîné d'un baron, Van Caloen aurait dû reprendre le domaine familial. Il choisit une autre voie : moine, puis évêque et missionnaire. Sa vocation le conduit jusqu'en Amazonie, où il est envoyé par le pape. À la fin de sa vie, fatigué et malade, il revient en Europe. Son frère réside à Saint-Paul-de-Vence, et c'est cette proximité familiale qui le conduit à découvrir le cap d'Antibes.
Plutôt que de profiter d'une retraite paisible, le religieux se lance dans un nouveau chantier. Il comprend que cette partie d'Antibes, qui commence à accueillir les premiers hivernants et de nouvelles familles, manque d'un véritable centre religieux. En 1926, il lance la construction de la chapelle Saint-Benoît. Deux ans plus tard, il fait également bâtir une école primaire et un presbytère. En quelques années, il offre au cap les équipements qui lui faisaient défaut.
Un héritage toujours visible mais méconnu
« Il ne construit pas seulement une chapelle. Il donne au cap un véritable cœur de quartier », résume Nathalie Aguado. Van Caloen s'éteint en 1932, et ses funérailles donnent lieu à un impressionnant cortège qui marque durablement les habitants. Près d'un siècle plus tard, son œuvre est toujours visible, même si son nom s'est effacé de la mémoire collective. L'école Saint-Benoît a été rebaptisée « école Georges-Roux », du nom d'un élu antibois engagé dans les questions d'éducation, en 2023. L'église, rachetée par la Ville d'Antibes, a été remise en vente en 2025.
Pour Nathalie Aguado, cette histoire mérite d'être racontée : « On réduit souvent le cap d'Antibes à ses villas ou à ses milliardaires. Mais il est aussi le fruit de personnalités qui ont profondément façonné son identité. Van Caloen est de celles-là. » Un homme venu de Belgique, passé par l'Amazonie, qui aura laissé au Cap bien plus qu'un bâtiment : un lieu de rassemblement pour des générations d'habitants.
Quel avenir pour Saint-Benoît ?
L'histoire de l'église Saint-Benoît s'apprête à écrire un nouveau chapitre. En octobre 2024, la Ville d'Antibes a acquis auprès de l'Association diocésaine la propriété de plus de 4 100 m² comprenant l'église, aujourd'hui désacralisée, un presbytère, une ancienne école et un hangar. L'objectif affiché était double : préserver un patrimoine emblématique du cap tout en lui donnant une nouvelle vocation adaptée aux besoins actuels.
La partie la plus remarquable, notamment l'église, restera propriété de la Ville. Le bâtiment fera l'objet d'une réhabilitation destinée à accueillir un équipement public consacré aux enfants. Pour assurer l'équilibre financier, la commune a lancé un appel à projets pour la partie constructible, avec des exigences : conservation du presbytère, réalisation d'environ 675 m² de logements, architecture bioclimatique, préservation des arbres et intégration paysagère soignée. Le conseil municipal du 28 novembre 2025 a retenu le projet d'Emerige Méditerranée, qui prévoit la construction de trois villas et la réhabilitation complète du presbytère. La cession permettra à la Ville de financer intégralement son acquisition tout en conservant les éléments patrimoniaux les plus significatifs. Les premières autorisations administratives sont prévues à partir de 2026, avant le lancement des travaux. À travers cette opération, la commune entend concilier préservation du patrimoine, qualité architecturale et nouveaux usages, pour assurer un avenir durable à l'un des sites emblématiques du cap d'Antibes.



