Le vendredi 25 septembre 2026, la pose de la première pierre de la Maison de la mémoire harkie à Valbonne coïncidera avec la Journée nationale d'hommage aux Harkis et aux membres des formations supplétives de la guerre d'Algérie. Le bâtiment s'élèvera sur le site même de l'ancien hameau de forestage où ont vécu des centaines de personnes, dont les vestiges dorment encore dans les fourrés, près du rond-point des Bouillides. À cette occasion, l'historienne Fatima Besnaci-Lancou, spécialiste reconnue du sujet, retrace l'histoire éprouvante de ces familles passées par des camps de transit avant d'arriver dans les Alpes-Maritimes.
Une historienne issue de cette histoire
Fatima Besnaci-Lancou détient un doctorat en histoire contemporaine et a elle-même vécu dans le hameau de forestage harki de Mouans-Sartoux. Son intérêt pour les harkis des Alpes-Maritimes est lié à son histoire personnelle : « Bien que je sois historienne, je suis également issue de cette histoire. Durant mon adolescence et ma vie de jeune adulte, j'ai vécu dans le hameau de forestage de Mouans-Sartoux », explique-t-elle.
Elle partagera ces récits dans son prochain ouvrage, Familles de Harkis de Mouans-Sartoux, terre d'accueil et de mémoire, présenté samedi 26 septembre à 17 heures au Château de Mouans-Sartoux.
Qu'est-ce qu'un harki ?
Un harki est un auxiliaire de l'armée française sous contrat civil, considéré simplement comme un travailleur durant la guerre d'Algérie, de 1954 à 1962. Il s'agissait de Français, avant tout d'origine arabo-berbère, mais il y avait aussi quelques harkis d'origine européenne.
Les hameaux de forestage, où ces familles ont été reléguées, ont été créés à partir d'un projet piloté depuis Paris par le Service des rapatriés, qui envoyait des directives. Un travail d'approche a été mené auprès des maires des communes entourées de massifs forestiers pour savoir s'ils acceptaient d'accueillir ces familles. C'est pour cela que les destins de Mouans-Sartoux, de Valbonne et des trois autres hameaux (Roquesteron, Breil-sur-Roya et L'Escarène) sont si semblables.
La genèse des hameaux de forestage
En 1963, Edgard Pisani, alors ministre de l'Agriculture, a adressé une lettre au préfet de Nice. Il lui demandait de se rapprocher des Eaux et Forêts (futur ONF), afin de trouver des terrains pour implanter les harkis qui se trouvaient alors dans des camps de transit et de reclassement militaires, comme ceux de Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales ou de Saint-Maurice-l'Ardoise dans le Gard. L'idée était de faire d'une pierre deux coups : loger ces personnes et embaucher les hommes au sein des Eaux et Forêts. Au total, 69 hameaux ont été créés dans une quinzaine de départements.
La mémoire est toujours à vif en raison de l'abandon de 1962. Ces hommes étaient pleinement intégrés à l'armée française : ils portaient l'uniforme, les armes, et ont combattu aux côtés de la France. On leur avait promis une protection absolue. Pourtant, ils ont été désarmés – parfois de manière très peu loyale – et on leur a dit de rester chez eux. Le ministre des Armées de l'époque, Pierre Messmer, qui avait encouragé leur recrutement, est allé jusqu'à menacer de sanctions disciplinaires les officiers français qui tentaient de les rapatrier clandestinement pour les sauver.
Des conditions de vie difficiles
Les familles ont souffert de la relégation dans les hameaux de forestage, mais la vie dans les camps de transit a été particulièrement marquante. Certains étaient entourés de fils barbelés. La surveillance y était stricte et les sorties sévèrement contrôlées. Les familles ont souffert de la promiscuité, du froid intense, du manque d'accès à l'eau et des maladies infantiles – de nombreux bébés et jeunes enfants y ont trouvé la mort. C'est l'accumulation de tous ces faits douloureux qui rend cette mémoire si difficile à apaiser.
Des reconnaissances importantes
Des étapes de reconnaissance importantes ont été franchies : d'abord par Jacques Chirac en 2001, qui a reconnu que les harkis avaient souffert et qu'ils ne devaient pas être les oubliés de la mémoire nationale ; puis par François Hollande en 2016, avec la reconnaissance de la responsabilité des gouvernements de l'époque dans l'abandon des harkis, les massacres commis en Algérie et les conditions de leur relégation dans des camps en France ; et enfin par Emmanuel Macron, qui a demandé pardon au nom de la France en 2021. Parallèlement, nous assistons à la création de multiples lieux de mémoire, à l'image du projet de Valbonne.



