Un khatchkar arménien s'installe à Mont-de-Marsan, témoin d'une amitié franco-arménienne
Depuis le 28 mars 2022, un khatchkar, une croix de pierre arménienne, trône dans le parc Jean-Rameau à Mont-de-Marsan. Cette œuvre symbolise le récent jumelage avec la ville de Gyumri, en Arménie, et a été spécialement sculptée pour ce projet. Antoine Gariel, directeur du théâtre de Gascogne et passionné d'Arménie depuis 2019, explique que cette initiative renforce la relation culturelle et fraternelle entre les deux communes.
Une double signification : mémoire et vie
Antoine Gariel souligne la beauté unique de ce khatchkar : « Elle est à la fois commémorative de la mort et significative de la vie dans tous ses états. » Installé au parc Jean-Rameau, il représente à la fois la souffrance du génocide arménien, dont la commémoration est essentielle, et l'amitié naissante entre Gyumri et Mont-de-Marsan. Au dos de la sculpture, les noms des deux villes et l'inscription « pour l'amitié » sont gravés, renforçant ce lien.
Un art classé à l'Unesco avec une fontaine unique
L'art du khatchkar est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco depuis 2010. Celui offert par Gyumri est exceptionnel car il est accompagné d'une fontaine d'eau potable, appelée pulpulak, également originaire d'Arménie. Antoine Gariel précise : « Dans tout le pays, ces fontaines publiques constituent presque un élément urbain, tant elles sont traditionnelles. » Comme le khatchkar, elles ont une fonction commémorative, souvent installées pour honorer les défunts.
Un cadeau rare et un voyage périlleux
L'arrivée de ce khatchkar est remarquable, car il s'agit d'un cadeau rare de la part de Gyumri, la deuxième ville d'Arménie, à Mont-de-Marsan, où la communauté arménienne est limitée. Antoine Gariel ajoute : « Cette relation permettra aux Arméniens de Mont-de-Marsan et des Landes de commémorer chaque 24 avril, date de la Journée de commémoration du génocide. » La commande a été réalisée par le maître sculpteur Seryozha Mkrtchyan, avec des dessins de l'architecte Suren Kourazyan.
Le voyage de cette œuvre de quatre tonnes, incluant la fontaine, a été semé d'embûches. Initialement prévu par fret aérien, il a dû être modifié en raison de la guerre en Ukraine, optant pour un transport routier sur 5 000 kilomètres à travers quatre pays. Antoine Gariel relate : « Traverser la Turquie, où deux tiers des Arméniens présents en 1915 ont été tués, donne une signification particulière à ce périple. » En Bulgarie, des problèmes douaniers ont retardé le convoi de deux jours, mais il a finalement atteint Mont-de-Marsan après quinze jours de voyage.
Installation et commémoration locale
Les artisans Bouneou d'Estigarde, dans les Landes, ont installé le khatchkar au cœur du parc Jean-Rameau, ajoutant une touche locale à cette œuvre arménienne. Pour marquer son inauguration, la Ville de Mont-de-Marsan a organisé un événement le 21 avril 2022, lors de la journée de commémoration du génocide arménien. La préfète Françoise Tahéri a participé au rassemblement, suivi d'un dépôt de gerbe, d'une minute de silence, et des hymnes arménien et français.
Ce khatchkar incarne ainsi un pont entre les cultures, servant à la fois de mémorial et de symbole d'espoir pour l'avenir des relations franco-arméniennes.



