L'histoire méconnue de la scission de Lugaut, l'ancienne commune géante des Landes
Scission de Lugaut en 1906 : naissance de deux communes landaises

La partition historique d'une commune géante des Landes

Le 11 avril 1906 marque une date cruciale dans l'histoire administrative des Landes. Sous la présidence d'Armand Fallières et par la plume de Georges Clemenceau, alors ministre de l'Intérieur, l'ancienne et vaste commune de Lugaut fut officiellement scindée en deux entités distinctes : Bourriot-Bergonce et Lugaut-Retjons, cette dernière devenant simplement Retjons à partir de 1951.

Une commune médiévale aux dimensions exceptionnelles

Lugaut, ancienne bastide du Moyen-Âge appartenant à la vicomté du Marsan, représentait une entité territoriale d'une ampleur remarquable. Avant sa division, cette commune s'étendait sur 16 227 hectares, soit 162,27 kilomètres carrés, ce qui en aurait fait aujourd'hui encore la commune la plus vaste du département des Landes, devant Biscarrosse et ses 160,48 kilomètres carrés.

Cette immense commune comptait alors 1 606 habitants répartis sur quatre paroisses historiques : Bergonce, Bourriot, Lugaut et Retgeons. Elle disposait de quatre églises, quatre écoles et deux presbytères, dépassant même en superficie Roquefort, le chef-lieu du canton.

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Les prémices d'une séparation inévitable

Dès 1840, le maire Barthélémy Lescouzères avait adressé au préfet une première demande de séparation, soulignant les dimensions démesurées de la commune : « Du levant au couchant six lieues de poste (24 kilomètres) et du midi au nord, quatre lieues (16 kilomètres) ». Cette requête resta cependant sans suite pendant plusieurs décennies.

Selon Cathy Sendrané, historienne spécialiste de cette période, « les affaires publiques et les problèmes administratifs relevaient d'un même conseil de jurade » qui se réunissait à Bourriot, au lieu-dit Caupenne. Cette organisation centralisée devint progressivement inadaptée aux besoins des différentes sections territoriales.

Le chemin de fer, catalyseur de la division

Le développement ferroviaire dans la région joua un rôle déterminant dans l'accélération du processus de séparation. « C'est par le train qu'arrivera la désunion finale », note l'historienne. L'arrivée du chemin de fer créa des dissensions croissantes entre les sections de Bourriot-Bergonce et de Lugaut-Retjons, chacune cherchant à tirer profit des avantages économiques liés aux infrastructures ferroviaires.

Bourriot Gare devint un nœud ferroviaire important pour la Compagnie du Midi, desservant Mont-de-Marsan via Roquefort dès 1880, puis Marmande en 1893, Bazas et Langon en 1904, et enfin Gabarret et le Gers en 1906. Cette activité générait un trafic important tant pour les marchandises (bois et résine) que pour les voyageurs.

La naissance de deux nouvelles communes

Suite à une enquête préfectorale menée en 1904, le commissaire enquêteur conclut que la meilleure solution consistait effectivement à diviser Lugaut en deux communes distinctes. Cette recommandation aboutit finalement le 11 avril 1906 à la création officielle de deux nouvelles entités.

Les deux communes issues de cette partition couvraient chacune environ 8 000 hectares, ce qui les place aujourd'hui parmi les plus étendues de la communauté de communes des Landes d'Armagnac, derrière Losse (10 200 hectares) et Lencouacq (9 600 hectares).

Au moment de la scission, Bourriot-Bergonce comptait 868 habitants tandis que Lugaut-Retjons en dénombrait 738. Ces chiffres ont considérablement diminué au fil du temps, avec respectivement 326 et 301 habitants recensés en 2023.

Un patrimoine historique préservé

Si la commune de Retjons a abandonné la mention « Lugaut » dans son appellation officielle en 1951, le patrimoine historique conserve précieusement cette mémoire. Sur le territoire de Retjons se trouve notamment la célèbre chapelle de Lugaut, dont les fresques du XIIIe siècle, classées aux Monuments historiques, constituent le plus grand ensemble pictural de cette période en Aquitaine.

Cette chapelle, qui a conservé le nom de l'ancienne commune mère, témoigne de la richesse historique de ce territoire qui, malgré les divisions administratives, maintient vivant le souvenir de son passé commun.

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