Jean-Michel Roche, auteur de romans policiers, change de registre avec son ouvrage Saint-Tropez, Années folles et folles années (1892-1993) (éditions La Chancellerie). En 350 pages, il décrypte les mutations du port de commerce devenu refuge d'artistes. Loin du tumulte estival, le livre déconstruit les clichés pour redonner vie aux Tropéziens, aux habitués de Saint-Germain-des-Prés et aux amoureux de pointillisme.
La place aux Herbes, cœur du commerce en 1887
Au début du XXe siècle, la place des Lices n'était pas encore le lieu fréquenté par les touristes. Les courses se faisaient place aux Herbes. En 1887, Martin Sénéquier y installe une pâtisserie-confiserie spécialisée dans le nougat mou. Cent trente-neuf ans plus tard, la maison Sénéquier est toujours là, figée dans les murs, sa réputation immortelle.
Le pyjama, tenue phare des années 1930
Dès 1930, les fashionistas arpentaient les venelles en tenues voyantes. Le pyjama, vêtement gai composé de deux pièces colorées dont un pantalon ample, était à son apogée. « Ces pyjamas, parfois appelés vêtements de Mexicains, deviennent rapidement un phénomène auquel les femmes branchées ne peuvent échapper. Dès la fin de l'hiver et l'arrivée des premiers jours de soleil, le pyjama est absolument de rigueur pour toutes, quel que soit leur âge », explique Jean-Michel Roche. Les motifs zébrés, léopard, les jupes longues ou courtes, les tops à paillettes ou à plumes transformaient le quai Suffren en un podium permanent.
Colette et les yachts : une critique précoce
La propriétaire de la Treille muscate, Colette, n'avait pas la langue dans sa poche. Pendant l'entre-deux-guerres, elle critiquait la nouvelle clientèle et l'amarrage des yachts remplaçant « les barques des pêcheurs ». Pour elle, les touristes étaient des envahisseurs « dotés de villas et de garages, de faux mas où l'on danse », qui l'espionnaient et l'empêchaient de se baigner nue sur la plage. Sa maison fut photographiée et une carte postale éditée sans son accord. « C'est la goutte de trop », rapporte Roche, et Colette vend son paradis en juin 1939 à l'acteur Charles Vanel.
L'origine du mot Madrague
Le mot Madrague, désormais indissociable de Brigitte Bardot, a une origine bien plus ancienne. « On sait que ce nom désigne un filet de pêche ; par extension, il désigne aussi celui de la maison, généralement proche du rivage, qui servait à remiser ces filets », explique l'auteur. La madrague servait à piéger les bancs de thons rouges lors de leurs migrations le long des côtes italiennes et françaises, jusqu'à l'entrée du golfe de Grimaud (aujourd'hui golfe de Saint-Tropez). Cette pêche traditionnelle a donné son nom à la célèbre villa de Bardot.



