Sur la commune de Saint-Félix-de-Sorgues, le hameau de Saint-Caprazy a retrouvé une nouvelle vie grâce au travail de Bruno Chartier. Depuis le début des années 2000, le tourneur sur bois a restauré, pierre après pierre, ce site médiéval autrefois envahi par la végétation. Âgé de 66 ans, il s'est lancé dans une restauration au long cours, sans autre échéance que celle dictée par ses envies et son énergie.
Un hameau médiéval au cœur de l'histoire du Sud-Aveyron
Saint-Caprazy est mentionné pour la première fois dans un document d'archives daté d'août 1150. À cette époque, les familles du lieu jouent un rôle dans la fondation des abbayes de Sylvanès et de Nonenque, avant de se détourner progressivement des ordres monastiques au profit des ordres militaires. Le hameau devient ainsi une annexe de la commanderie hospitalière de Saint-Félix-de-Sorgues, située sur la rive opposée.
« Il reste six bâtiments, il y en avait au moins le double. Ils ont été tenus par deux seigneurs. Ce n'était pas très grand, mais c'est ce qui explique la beauté de ces édifices », raconte Bruno Chartier. Le lieu reste ensuite occupé pendant plusieurs siècles, jusqu'en 1949, où, après avoir conservé une vocation agricole, le hameau est finalement abandonné.
Plus de 900 jours de débroussaillage
Lorsque Bruno Chartier découvre Saint-Caprazy et rachète le site en 2000, il est loin d'imaginer tout ce qui l'attend. Originaire de Seine-et-Marne et à la recherche de ruines à restaurer, il découvre alors des bâtiments presque entièrement recouverts par la végétation. À certains endroits, il est même difficile de distinguer les murs et les vestiges. Le premier chantier est donc évident : débroussailler, nettoyer et dégager les pierres.
Avec l'aide de ses proches, Bruno Chartier consacre plus de 900 jours à cette tâche. Un travail colossal qui permet progressivement de faire réapparaître les différents bâtiments du hameau. « Sur le papier, c'est ma propriété, mais elle est à beaucoup de gens, notamment ceux qui viennent me prêter un coup de main », estime-t-il. Pendant des années, ses journées sont ainsi rythmées par son activité de tourneur sur bois et par les travaux de restauration. « Je ne me mettais pas de délai, car je ne voulais pas être frustré. Il fallait que ça reste toujours un plaisir. Je ne me presse pas, je ne me suis jamais forcé », confie-t-il.
Du patrimoine restauré à un lieu dédié au bois
Au fil des années, plus de 670 m² de toiture sont ainsi restaurés. Cinq des six principaux édifices sont sauvés et progressivement réhabilités. L'un d'eux devient le lieu d'habitation de Bruno Chartier et un autre son atelier de tournage sur bois. Lorsqu'il est présent, les visiteurs peuvent également pousser la porte de son atelier et découvrir son travail ainsi que ses créations.
En 2021, Bruno Chartier transforme également un ancien pigeonnier en atelier destiné à une sculptrice sur bois. Ce projet bénéficie du soutien du Loto du patrimoine de la Mission Bern, retenu en 2019, et a aussi reçu le premier prix de sauvegarde du patrimoine remis par le Département de l'Aveyron.
Un hameau ouvert aux visiteurs et aux artistes
Bien que le site soit privé, les visiteurs peuvent aujourd'hui découvrir Saint-Caprazy. Le hameau est accessible depuis un sentier de randonnée formant une boucle au départ de Saint-Félix-de-Sorgues. Il est également possible de s'y rendre en voiture. La visite peut même se faire en l'absence de Bruno Chartier. « Quand on arrive, la première chose qu'on voit, c'est le panneau de bienvenue », souligne-t-il.
Chaque année, du jeudi de l'Ascension au lundi de Pentecôte, Saint-Caprazy accueille également une semaine de création ouverte à tous. L'objectif est de permettre aux participants de réaliser des œuvres à partir de bois et de matériaux de récupération trouvés sur le site. « Ce qu'on crée est ensuite exposé dans le hameau pour que les visiteurs en profitent », explique le tourneur sur bois. Le propriétaire organise par ailleurs plusieurs rendez-vous au fil de l'année, sans forcément chercher à les annoncer largement. Concerts, repas partagés ou spectacles de théâtre prennent ainsi place au cœur du hameau. « Si les gens passent par là à ce moment-là, ils peuvent se joindre à nous », indique-t-il.
Après plus de vingt ans passés à remettre Saint-Caprazy sur pied, Bruno Chartier entend bien poursuivre son travail aussi longtemps qu'il en aura la santé et surtout l'envie. Car ici, la restauration du patrimoine n'est pas une course contre le temps.



