Pont de la Muse : 290 000 € débloqués et vente symbolique de pierres
Pont de la Muse : 290 000 € et vente de pierres

Le pont cassé de la Muse, joyau des gorges du Tarn, renaît grâce à la Mission Bern et à une mobilisation citoyenne inédite. Symbole des gorges du Tarn et lieu de mémoire pour les habitants, le pont de la Muse, fragilisé par les crues et le temps, va enfin bénéficier d’un chantier de restauration d’envergure.

Un financement de 290 000 euros

Sélectionné par la Mission Bern, ce projet ambitieux a reçu le soutien de la Fondation du Patrimoine et d’Axa Assurances. Lundi 18 mai 2026, deux chèques ont été remis à la municipalité du Rozier : l’un de 100 000 euros de la part de la Fondation du Patrimoine et d’AXA, l’autre de 190 000 euros de la part de la Mission Stéphane Bern.

Paul Gély, délégué départemental pour la Fondation du Patrimoine, explique : « La Mission Bern a décidé d’un montant, et on a sollicité AXA pour un partenariat. Il y a eu un vote du public au niveau régional. Nous avons envoyé des milliers de messages pour dire : "Votez pour le pont cassé de la Muse !" Les gens ont voté pour nous, et c’est grâce à ça qu’on a obtenu des financements. »

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Un patrimoine en péril, un attachement viscéral

Le maire du Rozier, Arnaud Curvellier, s’est ému : « Ce pont-ci, pour nous tous, c’est d’un point de vue touristique la photo de l’entrée des gorges du Tarn. Pour les habitants du Rozier, c’est le coin de baignade. Ce sont les souvenirs d’enfance. Ce sont des bons moments partagés. » Pour lui, le pont cassé de la Muse est plus qu’un simple ouvrage d’art : c’est un vestige du temps à l’histoire particulièrement tourmentée.

Avant sa construction, la traversée du Tarn se faisait en barque, comme en témoignent des archives datant de 1336. L’architecte Mélanie Gerbail précise que « la construction, l’entretien et le service de la barque incombaient aux moines du prieuré du Rozier », qui percevaient un droit sur tout ce qui transitait par la rivière. Construit entre 1851 et 1853 par la Compagnie du pont du Rozier, l’édifice a été emporté à deux reprises par des crues (en 1875 et peu après) avant d’être rebâti plus en aval. Figé dans le temps, seul demeure ce vestige.

Depuis 15 ans, l’inquiétude grandissait. Arnaud Curvellier raconte : « J’ai vu des pierres, des blocs partir après la crue de 1994. Et après la sécheresse de 2022, le niveau du Tarn était si bas que j’ai vu la lumière à travers les fondations. On s’est aperçu que la pile ne portait plus. À chaque inondation, il y a des risques que ça s’effondre. » Mélanie Gerbail confirme : « Les fondations de la pile se sont vidées. Il y a de l’eau qui passe partout dessous, et c’est dangereux. »

Un financement participatif et innovant

Face à l’urgence et au coût élevé des travaux – estimé à 900 000 euros –, la commune compte sur ses mécènes mais a eu une idée audacieuse : vendre symboliquement les pierres du pont. Paul Gély détaille : « Nous allons vendre les pierres du pont aux donateurs. Chaque donateur qui donnera plus de 50 euros recevra une lithographie et un calepinage présentant la pierre qui lui a été affectée. Pour un don supérieur à 100 euros, ce sera une pierre du parapet. »

Une façon de rendre chaque citoyen acteur de la préservation du patrimoine, se félicite le délégué lozérien : « Le pont n’appartiendra pas qu’à la commune, il appartiendra aussi à tous les donateurs, qui se feront un plaisir et un devoir de venir régulièrement le voir. Ils iront boire un coup, manger là. On va faire vivre ce pont. »

Un projet en deux temps : restauration et passerelle

Le chantier est divisé en deux tranches. La première, d’un montant de 450 000 euros, concerne la restauration de la maçonnerie : consolidation des fondations, rejointoiement, et refonte du tablier. Paul Gély précise : « La première tranche, c’est que de la maçonnerie, pratiquement. C’est là où nous intervenons aujourd’hui, avec les aides de l’État, la souscription publique, et les chèques de la Mission Bern et d’Axa. »

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La deuxième tranche, tout aussi cruciale mais qui se heurte pour l’heure au désintérêt patent du Département de l’Aveyron, vise à restituer la passerelle qui existait en 1907. Paul Gély insiste : « Il faut qu’on fasse cette passerelle. Aujourd’hui, traverser le pont neuf en période estivale, c’est dangereux. Entre les voitures, les bus, les camping-cars et les piétons, c’est un vrai problème de sécurité. »

Un calendrier serré et des contraintes environnementales

Le chantier devrait commencer à l’été 2027, si les autorisations sont obtenues à temps. Paul Gély espère : « Si on a le permis dans trois mois, on pourrait commencer en septembre. Mais il y a des contraintes environnementales. C’est compliqué et administrativement, c’est un peu plus long, mais on y arrivera. D’abord parce que c’est un site remarquable, un joyau des gorges du Tarn, qu’il a un intérêt patrimonial incontestable, et que sa restauration est importante pour la commune et les villages aux alentours. »

Message reçu 5 sur 5 par Arnaud Curvellier : « On y arrivera, parce qu’il y a la volonté de le faire. On a un grand architecte, et les entreprises sont prêtes. C’est un projet qui rassemble. »