Le pont d'Aquitaine soulevé de 5 centimètres lors d'une opération historique
Vous vous souvenez peut-être de cet événement extraordinaire ? Dans la nuit du 2 au 3 mars 1982, le majestueux pont d'Aquitaine, qui enjambe la Garonne depuis son inauguration le 6 mai 1967, a connu une transformation pour le moins surprenante. Alors que la circulation était déviée, l'ouvrage d'art a été littéralement soulevé de cinq centimètres, une opération technique d'une rare ingéniosité.
Une rénovation originale pour un pont suspendu
Cette intervention, suivie de près par le journal Sud Ouest, ne constituait pas un poisson d'avril anticipé mais bien une nécessité technique. Quinze ans après son inauguration, le pont suspendu d'Aquitaine nécessitait le remplacement des blocs tampons situés entre les douze poutres longitudinales en béton précontraint et les piles de l'ouvrage.
Ces éléments cruciaux, composés de néoprène et de plaques métalliques intercalées, jouent un rôle similaire aux silentblocs des amortisseurs automobiles. Ils permettent d'absorber les mouvements de flexion et de glissement auxquels est constamment soumis le pont sous l'effet des vibrations et du trafic.
Six vérins hydrauliques pour une opération de précision
La solution retenue par la Direction départementale de l'Équipement (DDE) fut aussi spectaculaire qu'ingénieuse. Plutôt que de démonter partiellement le pont, les équipes ont opté pour un soulèvement contrôlé utilisant six puissants vérins hydrauliques.
- Chaque vérin possédait une capacité de levage impressionnante de 200 tonnes
- Ils fonctionnaient sous une pression de 1 000 kilos
- Leur actionnement était entièrement manuel, nécessitant une précision extrême
- L'opération s'est déroulée sous la supervision de Jack Hennequin, ingénieur de la DDE
Cette poussée hydraulique minutieuse a permis aux ouvriers de procéder au remplacement des blocs anciens situés entre le tablier et les piles du pont. L'opération s'est achevée à l'aube, comme prévu, une fois atteints les cinq centimètres nécessaires pour glisser le nouveau calage.
Une intervention complète pour pérenniser l'ouvrage
Cette rénovation ne s'est pas limitée au simple remplacement des tampons. Une dernière intervention a consisté à poser des tirants entre les poutres du viaduc et celles du pont, permettant ainsi d'éliminer certains joints de dilatation qui existaient jusqu'alors sur la chaussée.
Après deux nuits de travaux intensifs - les nuits du 2 au 3 mars et du 4 au 5 mars 1982 - le pont d'Aquitaine avait retrouvé sa position initiale et était rouvert à la circulation. Cette opération démontrait non seulement la souplesse et la robustesse de l'ouvrage, mais aussi l'ingéniosité des techniques de maintenance développées pour préserver ce monument d'ingénierie.
Le pont d'Aquitaine, véritable symbole de la région bordelaise, continue ainsi de relier les deux rives de la Garonne, fortifié par cette intervention technique remarquable qui a marqué l'histoire de l'infrastructure française.



