L'épave du trois-mâts de Louis XIV, la Lune, gisant par 88 mètres de fond au large de Toulon, est qualifiée de « Pompéi sous-marin » par les archéologues. Lors de la « Mission Lune 2026 » menée du 6 au 10 juillet, le Département de recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) a remonté 70 objets, dont 14 sont exposés au musée de la Marine à Paris. Parmi eux : un canon, une jarre de Biot, de la vaisselle pisane, une bouteille en verre à la forme inconnue, un pot de chambre de la vallée de l'Huveaune, une tirelire avec 142 monnaies, une jarre kabyle et une cloche de timonerie.
Un musée sous-marin du XVIIe siècle
Olivia Hulot, co-responsable scientifique de l'opération, explique : « La Lune est un véritable musée sous-marin du XVIIe siècle. » Michel L'Hour, également aux manettes de la mission, estime que le site présente près de 100 000 numéros d'inventaire potentiels. « Ce n'est rien par rapport à ce qui se trouve sur le bateau », ajoute-t-il.
Le destin tragique du navire
La Lune était un vaisseau de guerre envoyé en Afrique du Nord en 1664 pour ravitailler des troupes chargées de mater la piraterie barbaresque, sur ordre de Louis XIV. L'opération à Djidjelli (actuelle Algérie) tourne court, et le corps expéditionnaire doit fuir précipitamment. La Lune est chargée du repli des hommes et des biens vers Toulon. Selon Michel L'Hour, le navire, en piteux état et prenant l'eau, est aussi le symbole de l'échec du roi. On prétexte des cas de peste en Provence pour l'envoyer en quarantaine à Porquerolles. En chemin, une tempête ultra-violente fait rage, et le bateau surchargé coule à pic.
Une capsule temporelle préservée
Ayant « coulé comme du marbre », selon un témoin du naufrage, le navire quasi intact s'est recouvert de sédiments, piégeant une représentation de la société de l'époque. La profondeur de 88 mètres le rend difficilement accessible aux pilleurs, mais idéale pour les archéologues, qui ont interdit d'accès la zone dès 1994. Aujourd'hui, un tumulus de 43 mètres de long — la taille du navire — s'offre aux regards. Les archéologues peuvent apercevoir l'ancre de miséricorde trônant au milieu de l'épave.
Des fouilles prolifiques
Les premières campagnes de fouilles ont commencé il y a quatorze ans. Depuis, de nombreux objets ont été sauvés de l'oubli. Les 70 objets remontés en 2026 s'ajoutent à ce « mobilier ». Certains seront exposés au musée de la Marine à Toulon en novembre. L'épave de la Lune est considérée comme une « capsule temporelle » unique pour comprendre le XVIIe siècle.



