Le Musée d'Aquitaine enrichit son parcours avec des salles inédites
À partir du 15 mars 2024, le Musée d'Aquitaine à Bordeaux a ouvert au public six nouvelles salles situées au rez-de-chaussée. Ces espaces ont pour mission d'évoquer l'histoire de Bordeaux et du Sud-Ouest entre la fin de la guerre de Cent Ans en 1453 et la mort de Louis XIV en 1715. Cette initiative comble un manque crucial entre les salles dédiées au Moyen Âge et celles consacrées au XVIIIe siècle, offrant ainsi une continuité historique plus fluide aux visiteurs.
Un travail minutieux pour exposer des trésors cachés
Christian Block, responsable des collections médiévales et modernes au Musée d'Aquitaine, s'est attelé à ce projet ambitieux pendant un an. L'objectif principal était de mettre en lumière des pièces qui n'avaient jamais quitté les réserves du musée. Parmi ces trésors, on retrouve une « cheminée des Atlantes », typique de l'art baroque du XVIIe siècle, et la porte de l'hôtel de Jean d'Espagnet, président du Parlement de Bordeaux au début du XVIe siècle. Ces éléments, pesant plusieurs tonnes, ont nécessité des travaux de renforcement du sol pour être exposés en toute sécurité.
Un voyage à travers les siècles tumultueux
Les nouvelles salles couvrent une période riche en événements, allant de 1453 à 1715. Elles mettent en avant des moments clés comme les années 1537 à 1571, durant lesquelles Bordeaux fut un foyer intellectuel majeur en Europe, avec des figures telles que le philosophe Michel de Montaigne et l'historien Elie Vinet. Les conflits des XVIe et XVIIe siècles sont également abordés, notamment les huit guerres de Religion, qui ont causé la mort de 200 personnes lors de la Saint-Barthélemy à Bordeaux, ainsi que les tensions entre le pouvoir royal et la féodalité déclinante.
Montaigne au cœur du parcours
La figure centrale de cette exposition reste Michel de Montaigne, dont le cénotaphe est visible dès l'entrée. Une pièce spéciale, située juste au-dessus du sous-sol abritant son tombeau, présente des artefacts liés au philosophe, comme un élément de son sarcophage en plomb et un morceau de son bonnet de laine. Un tableau de 1850, basé sur des témoignages, illustre ses derniers moments, montrant comment il s'exprimait par écrit après avoir perdu l'usage de la parole. Un fragment de tableau, probablement la seule représentation de Montaigne peinte de son vivant, est également exposé.
Des thèmes sombres et des échanges culturels
L'exposition n'élude pas les aspects plus sombres de l'histoire, comme la chasse aux sorcières dans le Sud-Ouest, où entre 400 et 500 personnes ont été incarcérées et torturées au fort du Hâ, et entre 50 et 80 exécutées en quelques années. Christian Block souligne l'importance de rappeler ce chapitre, notamment dans la salle dédiée à Jean d'Espagnet, qui a joué un rôle majeur dans cette répression. Par ailleurs, des cartes témoignent des échanges commerciaux avec des villes allemandes de la Hanse, le Portugal ou l'Irlande, tandis qu'une stèle évoque l'arrivée de juifs fuyant les répressions dans la péninsule ibérique au XVIe siècle.
Une scénographie diversifiée et accessible
La scénographie de ces nouvelles salles est variée, mêlant mobilier, cartes, vidéos et œuvres d'art pour éviter toute impression de saturation. Les visiteurs peuvent ainsi traverser ces espaces de manière fluide, découvrant des bas-reliefs sur les grandes épidémies ou l'ouverture de l'hôpital de la Manufacture, qui accueillait des enfants trouvés. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 11 à 18 heures, avec des tarifs allant de 2 à 6 euros, offrant une opportunité unique de plonger dans l'histoire régionale.



