Le juge des référés du tribunal administratif de Paris a rejeté, ce mardi 19 mai 2026, la demande de suspension des travaux visant à remplacer six vitraux du XIXe siècle de la cathédrale Notre-Dame de Paris par des créations contemporaines. Cette décision laisse la voie libre au projet, du moins pour l'instant.
Un projet controversé
Le 17 avril 2026, le préfet de la région Île-de-France a autorisé l'établissement public chargé de la restauration de Notre-Dame à déposer six vitraux ornementaux réalisés en 1864 par Eugène Viollet-le-Duc. Ces vitraux doivent être remplacés par six œuvres contemporaines commandées à l'artiste Claire Tabouret, pour un coût estimé à quatre millions d'euros, entièrement financé par l'État.
La controverse remonte à fin 2023, lorsque le président Emmanuel Macron a exprimé le souhait d'apporter « la marque du XXIe siècle » à l'édifice. Une pétition lancée par la Tribune de l'Art a depuis recueilli près de 350 000 signatures, les opposants soulignant que les vitraux de Viollet-le-Duc n'ont pas été endommagés par l'incendie d'avril 2019.
Le rejet de la demande de suspension
Le 5 mai 2026, deux associations de défense du patrimoine, dont Sites & Monuments, ont saisi le tribunal administratif de Paris en référé pour obtenir la suspension urgente des travaux, avant même qu'un juge ne statue sur le fond. Pour obtenir gain de cause, elles devaient démontrer à la fois l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision préfectorale.
Le juge a estimé que les travaux ne présentent pas un caractère irréversible. Il a relevé que les vitraux contemporains sont constitués de panneaux au même format que les anciens, que leur pose préservera les éléments architecturaux des baies et l'essentiel des armatures métalliques existantes. De plus, le projet prévoit la restauration des vitraux déposés et leur présentation au public, écartant tout risque de disparition des œuvres originales.
Faute d'urgence caractérisée, le juge ne s'est pas prononcé sur la légalité de l'autorisation préfectorale. Julien Lacaze, président de Sites & Monuments, a commenté : « C'est le moins mauvais motif de rejet pour nous, c'est même plutôt encourageant. Cela signifie qu'on pourra remettre les vitraux d'Eugène Viollet-le-Duc à l'issue éventuellement d'une décision au fond qui nous serait favorable. Nous allons redoubler d'efforts dans l'argumentation. »
Les arguments des opposants
L'association Sites & Monuments se dit confiante pour le recours sur le fond, s'appuyant sur deux arguments forts : en juillet 2024, la commission nationale du patrimoine s'est prononcée à l'unanimité contre le projet, une situation rare, et tous les experts partagent le même avis. « Nous sommes confiants s'agissant du recours sur le fond », a insisté Julien Lacaze, une procédure qui devrait s'étendre sur plusieurs mois.
Calendrier des travaux
La dépose des vitraux historiques est prévue à partir de juin 2026, tandis que la pose des nouveaux vitraux contemporains est attendue en octobre 2026. La décision du juge des référés permet donc aux travaux de se poursuivre, mais l'issue du recours sur le fond pourrait encore rebattre les cartes.



