Un projet de musée à 16,9 millions d'euros au cœur de la bataille municipale
La campagne des municipales à Mont-de-Marsan est marquée par un sujet qui fait polémique : la rénovation du musée Despiau-Wlérick. Porté par le maire sortant Charles Dayot, ce projet représente un investissement de près de 16,9 millions d'euros hors taxes, une somme qui alimente les critiques des opposants et anime les débats électoraux.
Un financement étalé sur dix ans
Selon l'additif au Rapport d'orientation budgétaire 2025, le montant du projet est phasé entre 2022 et 2031 pour le rendre soutenable par les finances communales. Le taux de subvention attendu s'élève à 49%, avec des aides provenant de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), de la Dotation de soutien à l'investissement local (DSIL), de la Région, du Département et des Fonds européens Leader.
« Le reste est financé par le Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée, un prêt de 8 millions d'euros et une part d'autofinancement. Nous avons aussi lancé le mécénat avec de bonnes nouvelles récemment, avec des dons de fondation d'entreprise », explique Charles Dayot en ce début mars.
Deux phases de travaux détaillées
Les travaux ont débuté le 17 mars 2025 avec deux ans de retard. La première phase comprend :
- La démolition de l'ancien lycée Saint-Vincent
- Les fouilles archéologiques
- La réhabilitation du donjon classé du XVe siècle
- La construction des nouveaux espaces d'exposition
- L'aménagement des espaces paysagers attenants
Ces opérations sont chiffrées à 14,15 millions d'euros hors taxes.
La seconde phase devrait s'étaler de 2029 à 2031 pour un montant de 2,6 millions d'euros hors taxes. Elle comprendra l'installation de l'administration, la réhabilitation de la chapelle et la création du nouvel accueil ouvert sur la ville.
Les positions des cinq équipes candidates
Charles Dayot : « Un investissement pour le siècle à venir »
Le maire sortant défend bec et ongles son projet, qui prévoit le doublement de la surface d'exposition, la création d'un auditorium de 100 places, 140 mètres carrés d'ateliers, un toit terrasse accessible au public et une scénographie soignée.
« Ce projet est fondamental pour trois raisons simples : c'est un enjeu de patrimoine matériel pour l'avenir, d'émancipation pour nos familles et d'attractivité globale pour notre ville », considère-t-il.
Il évoque un plan de financement « bouclé et solide » et assure que les coûts de fonctionnement seraient calculés et absorbables grâce à une nouvelle programmation, un marketing renforcé et le développement des recettes propres.
Geneviève Darrieussecq : Une consultation et un partenariat avec Rodin
L'ancienne maire de Mont-de-Marsan (2008-2017) critique sévèrement l'envolée des coûts : « J'ai lancé ce projet de rénovation du musée en 2015. Il devait coûter 10 millions d'euros… Nous en sommes aujourd'hui à 20 millions ».
Elle envisage de lancer un audit sur les finances, puis de consulter directement les Montois pour savoir s'ils veulent poursuivre cet investissement. Elle propose également un partenariat avec le musée Rodin, dont elle annonce avoir obtenu l'accord, « après plusieurs mois de travail et de contacts ».
Frédéric Dutin : « Pas à n'importe quel coût »
Le candidat de l'union des forces de gauche adopte un discours similaire : « Ce projet de rénovation, il me plaît parce que je suis Montois, et que les Montois sont attachés au musée Despiau-Wlérick. C'est un projet que nous porterons pour l'attractivité que cela peut engendrer pour notre ville, mais pas à n'importe quel coût pour la collectivité ».
Il veut réinterroger la deuxième phase des travaux et prévoit un cadencement plus long pour s'adapter aux exigences budgétaires.
Nicolas Lerègle : Une identité culturelle autour de la tauromachie
Le candidat du Rassemblement national propose une politique de mécénat plus active et imagine « une identité culturelle forte autour de la tauromachie ». Il suggère de créer un parcours entre les arènes et le musée autour de sculptures, avec une signalétique dédiée et des événements culturels liés à l'animal.
Marsan Citoyen : « Encore un projet non concerté »
Le collectif critique le manque de concertation : « Vous pouvez reprendre les délibérations des Conseils municipaux, nous sommes les seuls à avoir voté contre le projet de nouveau musée, pour la simple et bonne raison que c'est encore un projet non concerté ».
Il défend l'idée que la population doit être consultée sur tous les sujets et que la culture doit être démocratique et accessible à toutes et tous.
Un débat qui dépasse le simple cadre culturel
Au-delà des chiffres, ce débat révèle des visions différentes de la politique culturelle et des priorités d'investissement pour Mont-de-Marsan. Alors que Charles Dayot voit dans ce musée rénové un outil formidable pour l'attractivité touristique et économique, ses opposants pointent du doigt le risque de sacrifier d'autres investissements essentiels pour la ville.
La question du financement reste au centre des préoccupations, avec des candidats qui promettent des audits, des consultations citoyennes ou des partenariats innovants pour réduire la charge financière sur la collectivité. Le musée Despiau-Wlérick, labellisé Musée de France et abritant une collection d'intérêt national, se trouve ainsi au cœur d'une bataille politique qui pourrait déterminer l'avenir culturel de Mont-de-Marsan pour les prochaines décennies.



