Un lexique gascon de 3 000 mots publié à titre posthume par un historien local
Lexique gascon de 3 000 mots publié à titre posthume

Un trésor linguistique gascon sort de l'ombre en Bazadais

Dans le Bazadais, les anciens se souviennent encore de l'époque où le gascon résonnait aussi fréquemment que le français dans les conversations quotidiennes. Pour les plus jeunes, cette langue régionale ne subsiste souvent qu'à travers quelques mots épars entendus lors de discussions familiales. Des expressions comme "mettre ses esclop" pour chausser ses sabots, "aller au marcat" pour se rendre au marché, ou encore écouter les "ripataulèras", ces musiciens de rue traditionnels.

L'héritage précieux de Jean Dartigolles

À Budos, l'historien local Jean Dartigolles a laissé un héritage exceptionnel avant son décès en 2017. « À sa mort, il a légué un lexique de 286 pages dans lequel il avait méticuleusement noté et mis au propre tous les mots de gascon qu'il avait entendus tout au long de sa vie », révèle Christian Maizeret, membre actif de l'association L'Auseron. Cette structure a pris en charge l'édition de cet ouvrage remarquable, intitulé « Lexique du vocabulaire gascon bazadais, recueilli dans le Pays de Cernès ».

Christian Maizeret s'est plongé avec passion dans ces près de 300 pages de notes manuscrites, un travail de mémoire qui a nécessité des mois de déchiffrage et de mise en forme. « Un travail titanesque a été accompli, rendant hommage à une figure locale incontournable et à notre patrimoine culturel en péril », se félicite avec fierté Catherine Zausa, maire de Budos.

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Un ouvrage d'une richesse exceptionnelle

Le livre final, qui compte 245 pages, recense plus de 3 000 mots et expressions en gascon bazadais. Chaque entrée est présentée avec son orthographe occitane normalisée et sa transcription phonétique, permettant une lecture et une prononciation précises. L'ensemble est magnifiquement illustré par 350 photographies qui contextualisent le vocabulaire dans son environnement naturel et culturel.

Ce qui rend cet ouvrage particulièrement unique, c'est sa délimitation géographique précise. Il se concentre exclusivement sur le pays de Cernès, une dénomination historique qui désignait la baronnie locale aux XVIe et XVIIe siècles. « Cela correspond au découpage géographique authentique de la langue, à savoir l'ouest du Ciron », précise Christian Maizeret, soulignant l'importance de cette précision territoriale pour la préservation linguistique.

Les spécificités du gascon bazadais

Le gascon parlé dans le Bazadais présente des caractéristiques distinctes par rapport aux variantes méridionales de Gironde, des Landes ou du Béarn. Ces particularités s'expliquent par des « raisons historiques et géographiques nettes », selon Christian Maizeret. La proximité avec Bordeaux, grande ville commerçante où le français dominait les échanges, a influencé cette variante linguistique.

« Le gascon bazadais est davantage francisé, en quelque sorte moins pur, même si cette expression ne me plaît guère », concède le spécialiste. Cette influence se manifeste dans certains termes spécifiques. Par exemple, dans le Bazadais, le chevreuil se dit "chevrulh", alors qu'en gascon plus méridional, le terme "cabirou" est plus courant.

Une langue en danger mais encore vivante

« L'usage du gascon est beaucoup plus menacé ici que dans d'autres régions occitanophones », constate Christian Maizeret, aujourd'hui retraité mais toujours engagé. Pour contrer cette disparition progressive, il dispense des cours de gascon à une dizaine d'élèves attentifs, chaque mardi à Budos.

Malgré les difficultés, l'optimisme demeure, notamment grâce à l'intérêt des nouvelles générations. « La langue n'est pas encore morte ! Nous la faisons vivre, par exemple en collaborant activement avec les classes bilingues occitan de Langon », affirme-t-il avec conviction. Cette transmission intergénérationnelle apparaît comme le meilleur rempart contre l'oubli définitif de ce patrimoine linguistique unique.

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Ce lexique posthume constitue donc bien plus qu'un simple recueil de mots. Il représente un pont entre les mémoires des anciens et l'avenir de la langue, un outil précieux pour les chercheurs comme pour les passionnés, et surtout un témoignage vibrant de la richesse culturelle du Bazadais.