La Loue : retour sur la foire aux domestiques de Saint-Affrique
La Loue : foire aux domestiques de Saint-Affrique

Autrefois, la grande foire annuelle du 4 mai, c’était la Loue. La loue, nom usuel de la foire aux domestiques instituée en 1238. Foires et salons, Aveyron, Saint-Affrique, Patrimoine. Publié le 03/05/2026 à 05:06. Article rédigé par Correspondant Midi Libre. Retour sur les origines de la grande foire annuelle de la ville qui a lieu aujourd’hui.

Une tradition ancestrale

Cette année, la grande foire annuelle traditionnelle, dite du 4 mai, a lieu ce dimanche 3 mai durant toute la journée. "En 1879, Saint-Affrique comptait huit foires par an, rappelle Jean Poujol, archéologue et historien. Elles avaient lieu chaque 6 février, 24 mars, 4 mai, 16 juin, le premier samedi d’août, le 11 septembre, 3 novembre et 9 décembre. C’était la seule ville de l’Aveyron à en compter autant à l’époque. Cela date depuis le Moyen-Âge et ce sont les consuls qui se sont battus pour obtenir ces dates auprès du pouvoir royal. Les foires étaient le poumon économique du Rouergue méridional. Le 4 mai, c’était la foire de la loue où les domestiques se louaient pour trois mois, six mois ou un an."

Évolution des foires

En 1929, cinq nouvelles foires sont ajoutées. Il y a alors une foire par mois. Les deux plus importantes foires étant le 4 mai et le 14 septembre. À Saint-Affrique, la grande foire de la Loue instituée au Moyen-Âge avait lieu le 4 mai. C’était également celle du renouvellement des fermages. La loue était le nom usuel de cette foire aux domestiques très probablement instituée en 1238.

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Un marché de l'emploi agricole

"Les loues ont été pendant des siècles le Pôle emploi du monde agricole, écrit l’association Mémoire du pays saint-affricain (MPSA) sur l’un des panneaux de l’exposition intitulée 'Foires et marchés de Saint-Affrique' qui est visible au Tribunal des arts jusqu’au jeudi 7 mai. C’est une embauche pour les uns et une aide indispensable pour les propriétaires terriens avant l’ère du machinisme. D’où diable peuvent donc sortir tant de blouses bleues, tant de chapeaux, tant de cravates rouges autour du cou des domestiques ? Tous, gens et bestiaux, arrivés par les avenues qui mènent à la ville, s’engorgent, se pressent dans la grande rue. Des petits attroupements se tiennent. En approchant, on distingue des hommes en blouse neuve, chapeau de feutre, foulard autour du cou. Ce sont les régisseurs ou patrons de gros domaines. En face d’eux, en sabots, vestos élimé, béret, les candidats à l’embauche, une faux sur le bras, un aiguillon à la main ou une touffe de laine à la boutonnière."

Les négociations

Les échanges s’animent. L’un cherche un bouvier, l’autre un bon berger ou un pastrou, un autre un porcher. Celui-là voudrait un maître valet, celui-ci un fédié, un bédelier, car le travail est hiérarchisé. Les discussions s’animent dès que l’on parle salaire. Certains candidats mettent leur expérience en avant et se font désirer. L’hébergement est une condition importante. Le candidat s’est renseigné sur la table et les talents de la cuisinière. On discute salaire, horaires, et ce de l’aube jusqu’à l’apparition de l’étoile du berger. Et le dimanche ? Libre ? Les débutants ne sont guère payés mais auront peut-être quelques avantages en nature.

La conclusion de l'embauche

"Quand l’affaire est faite, la nouvelle recrue reçoit 'lo binatge', quelques francs pour s’offrir à boire, indique MPSA. Pas de contrat écrit. Seule la parole donnée compte. Le nouvel embauché prend son baluchon et suit son maître. La journée se termine en chansons à l’auberge. Certains déçus iront à une autre loue car ces foires drainaient loueurs ou candidats très éloignés pour le travail d’un an."

La foire aujourd'hui

Quand la loue a disparu, la foire du 4 mai est restée. Depuis 2008, elle a lieu le premier dimanche de mai. D’autres foires sont présentes : le 'feirou' à Noël, la foire où l’on trouve de tout chaque deuxième samedi du mois, la foire agricole de printemps et la foire Alterna’Bio consacrée aux produits bio. Aujourd’hui, il n’y a plus de foire aux animaux à Saint-Affrique et plus de volaille sur les marchés depuis la grippe aviaire. (source : association Mémoire du pays saint-affricain)

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Salaires et compléments

Pas de grilles de salaires. L’employeur fait son offre. L’accord se symbolise par la 'topo-mo'. Le salaire varie en fonction des responsabilités : le bouvier reçoit 120 livres, 8 moutons, 1 canne de toile. Le berger reçoit 27 livres, mais ses propres moutons sont élevés avec ceux du maître. Les compensations sont vestimentaires : chapeau, sabots, toile, laine, ou des céréales. Le paiement des salaires en nature ne disparaît qu’après la seconde guerre mondiale. Au XVe siècle, le berger du seigneur de Sévérac reçoit 5 florins de gages, 1 canne et demie de toile, autant de draps de lin, 1 chapeau, 12 sétiers de seigle.