Bénédicte de Montlaur, la Française qui redonne vie au patrimoine mondial
La Française qui transforme la sauvegarde du patrimoine mondial

Une pluie diluvienne sur New Delhi et une mission patrimoniale

Une pluie torrentielle s'abat sur New Delhi, transformant les escaliers abrupts du mausolée de Safdar Jung en une véritable patinoire. Pourtant, une petite silhouette féminine les gravit sans hésitation, examinant chaque détail avec une attention méticuleuse. Escortée par un groupe de donateurs principalement américains et d'experts locaux, Bénédicte de Montlaur, présidente du World Monuments Fund (WMF), inspecte l'un des projets phares de sa filiale indienne.

Ce site sublime, l'un des derniers témoignages de l'empire moghol en Inde, est au cœur d'un ambitieux projet de restauration. Les jardins, jadis remplacés par des pelouses rigides sous l'ère coloniale britannique, retrouveront bientôt leur splendeur originelle. Fontaines et systèmes d'irrigation seront remis en eau, grenadiers et orangers replantés, créant d'ici cinq ans une oasis luxuriante au cœur de la capitale indienne.

Une Française à la tête d'une ONG américaine historique

Bénédicte de Montlaur est la première personnalité étrangère à diriger cette puissante organisation américaine depuis 2019. Normalienne, diplomate du Quai d'Orsay en disponibilité, ce pur produit de la haute fonction publique française a métamorphosé l'institution en quelques années seulement.

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« Elle a vécu au Caire, au Yémen, en Syrie, parle plusieurs langues, son profil de diplomate est un immense atout pour nous », souligne Melissa Stewart, administratrice du WMF. « La collecte de fonds n'est peut-être pas dans la culture française, mais Bénédicte a une vision claire, un leadership très fort ».

Fondée en 1965, le WMF est la plus importante organisation internationale privée dédiée à la protection du patrimoine. De Venise après les inondations de 1966 aux statues de l'île de Pâques, elle a contribué à restaurer plus de 700 sites dans 112 pays.

Une transformation radicale et des résultats impressionnants

L'organisation nécessitait un second souffle au milieu des années 2010. Sous la direction de Bénédicte de Montlaur, les revenus annuels sont passés de 13,5 à 33,6 millions de dollars. Le cercle des grands donateurs s'est élargi de 50 à 300 membres, tandis que le fonds de dotation atteint désormais près de 60 millions de dollars.

La Française a réinsufflé du sens à la mission patrimoniale : « La défense du patrimoine, ce n'est pas la nostalgie des vieilles pierres, mais un enjeu d'avenir », affirme-t-elle. « Restaurer des sites, c'est préserver la diversité des expressions culturelles, créer de l'emploi, et renforcer la cohésion sociale ».

Des projets titanesques en Inde

Parmi les initiatives les plus emblématiques en Inde figure la restauration des « puits à degrés », ces réservoirs traditionnels construits en gradins qui formaient autrefois des îlots de fraîcheur au cœur des villes. À New Delhi, le WMF vient d'achever la rénovation du puits de Rajon Ki Baoli datant du XVIe siècle, révélant une beauté architecturale stupéfiante.

À Jodhpur, dans le Rajasthan, l'équipe explore des puits abandonnés, parfois remplis d'ordures, mais dont l'architecture raffinée témoigne de leur importance passée. « Avant l'eau courante dans les années 1970, toute la vie communautaire se passait ici », explique l'architecte indien Anu Mridul.

Une approche inclusive et décentralisée

Bénédicte de Montlaur privilégie l'ancrage régional et le financement local : « Développer l'ancrage régional est le seul moyen pour que les communautés s'approprient les projets que nous soutenons. On ne peut pas tout décider de New York sans impliquer les gens concernés ».

Elle a rouvert ou créé des antennes partout dans le monde, renforçant les activités au Mexique, en Italie, ouvrant des bureaux en Chine et dans le Golfe. En 2023, elle a relancé la filiale française fermée depuis sept ans.

Des projets ambitieux en France

En France, le WMF s'est engagé à restaurer :

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  • Le Potager du Roi à Versailles
  • L'église Saint-Eustache à Paris
  • La chapelle de l'université de la Sorbonne

« Saint-Eustache est un chef-d'œuvre architectural mais c'est aussi une église populaire, celle jadis des travailleurs des Halles », souligne Bénédicte de Montlaur. « Le patrimoine n'est pas l'affaire des élites, il est ancré dans la réalité sociale et la mémoire collective ».

Naviguer dans un contexte politique complexe

La directrice française doit maintenir sa vision inclusive malgré les revirements idéologiques aux États-Unis depuis sa prise de fonction en 2019. « Les objectifs des philanthropes changent radicalement en fonction du climat politique », regrette-t-elle, évoquant les fluctuations des fonds gouvernementaux américains.

Malgré ces défis, Bénédicte de Montlaur conserve son optimisme caractéristique. Rima Abdul Malak, ancienne ministre de la Culture qui a travaillé avec elle, la décrit comme possédant « l'optimisme chevillé au corps d'une Américaine et la rigueur intellectuelle d'une haute fonctionnaire française ».

Au sommet du mausolée de Safdar Jung, là où d'autres hésiteraient face au vide, elle s'approche en riant, incarnant cette conviction que rien n'est jamais impossible quand il s'agit de préserver la mémoire collective de l'humanité.