La fresque emblématique de Biarritz dans l'impasse à cause de l'humidité
Le 5 mai 2025, Maider Arosteguy, maire de Biarritz, annonçait officiellement la réfection de la célèbre fresque du rond-point Lichtenberger pour l'automne 2025. Cependant, ce projet ambitieux se heurte aujourd'hui à un obstacle majeur : des remontées d'humidité persistantes bloquent le ravalement des façades nécessaires à la restauration de l'œuvre.
Une œuvre historique menacée
Depuis 1992, les deux internationaux biarrots Serge Blanco et Pascal Ondarts scrutent l'horizon de Beaurivage, immortalisés en maillot rouge et blanc du Biarritz Olympique sur un trompe-l'œil monumental de 400 m². Cette œuvre, signée des muralistes lyonnais de Citécréation, a été réalisée durant la première mandature de Didier Borotra. Malheureusement, avec le temps, la fresque a progressivement perdu de ses couleurs vives.
Lors du conseil municipal du 5 mai dernier, l'opposant Patrick Destizon, ancien adjoint à l'urbanisme, avait soulevé avec inquiétude la question de l'avenir de cette œuvre patrimoniale. Il rappelait que des problèmes d'infiltrations et de remontées capillaires avaient été identifiés à la fin du mandat précédent, nécessitant une réflexion globale sur l'étanchéité du mur, le ravalement de la façade et la réfection artistique.
Un calendrier compromis
Dans sa réponse, la maire Maider Arosteguy a confirmé que des défauts d'étanchéité, signalés par les propriétaires riverains, avaient effectivement engendré des retards significatifs. Elle avait pourtant énuméré un calendrier précis pour les travaux : relevés et diagnostics immédiats, présentation du projet de fresque aux copropriétaires, puis installation d'échafaudages à l'automne 2025 avec préparation des façades et peinture de la nouvelle fresque sur trois semaines en octobre.
Les mêmes artistes lyonnais de Citécréation, coopérative mondialement reconnue pour ses fresques monumentales, devaient réaliser une nouvelle œuvre avec une thématique renouvelée reprenant la devise de Biarritz : « J'ai pour moi les vents, les astres et la mer ».
Le blocage d'une propriétaire
Les services municipaux ont tenté de faire avancer le projet en proposant aux riverains de signer une nouvelle convention d'occupation de leur mur. Ce document conditionne le lancement de la phase de conception graphique par les artistes et doit être paraphé par tous les propriétaires. Problème majeur : l'une des propriétaires a catégoriquement refusé de signer.
Cette habitante, qui a depuis rejoint l'équipe de Guillaume Barucq, insiste sur le fait que son refus n'est pas politique. « En fait, le mur de ma maison côté jardin est gorgé d'humidité à cause du jardin. C'est la responsabilité de la Ville », explique-t-elle. « Avant de payer mon ravalement de façade, il faut arrêter ces remontées capillaires. Une fresque ne tiendrait pas sur un mur détérioré. J'assurerai mon ravalement quand le mur sera sain. »
Elle souligne que ses démarches auprès de la municipalité ont commencé il y a trois ans. Après plusieurs expertises, des travaux ont été réalisés mais se sont révélés inefficaces selon le dernier expert conjoint. Celui-ci recommande désormais une intervention bien plus lourde dont le coût est estimé à environ 150 000 euros.
Une impasse technique et administrative
« L'expert a préconisé des travaux tant à la charge de la Ville que de la propriétaire », fait savoir la municipalité biarrote. La mairie précise qu'elle missionnera « dans les meilleurs délais, au regard de la contrainte publique, un maître d'œuvre sur le dossier » et a adressé un courrier en ce sens à l'avocat-médiateur de la propriétaire. Cependant, cette missive n'est pas encore arrivée à destination, ajoutant un délai supplémentaire à ce dossier déjà complexe.
Pendant ce temps, Serge Blanco et Pascal Ondarts ne sont pas près de quitter leur poste d'observation. La fresque, qui appartient aux Biarrots et a été réalisée avec de l'argent public, reste dans un état préoccupant.
Une longue histoire patrimoniale
Dans les années 80, la Ville avait réaménagé ce carrefour ouvrant sur la perspective de la Côte des Basques. Les bâtiments situés à cet angle de rue, dont l'hôtel « Oceano nox », avaient été démolis pour créer un rond-point, un bassin, une sculpture et un jardin public. Cette transformation avait dégagé les mornes façades des immeubles voisins, donnant naissance à l'idée d'une fresque camouflant le triste camaïeu de gris.
Le trompe-l'œil reprenait les codes chers à la cité balnéaire : fronton, pelotaris, océan, façades à colombage rouge… Quelques personnages anonymes étaient représentés en plus des deux rugbymen emblématiques : Pascal Ondarts sur une fenêtre, Serge Blanco au balcon.
En 2015, la fresque avait déjà subi des dégradations symboliques : le visage de Serge Blanco avait été aspergé de peinture bleu ciel, couleurs de l'Aviron bayonnais. À l'époque, il présidait le BOPB et souhaitait « fusionner » les deux clubs en une seule entité, provoquant des tensions dans le monde du rugby basque.
Aujourd'hui, l'avenir de cette œuvre patrimoniale reste incertain, pris en étau entre des problèmes techniques complexes, des responsabilités partagées et des délais administratifs qui s'allongent. Les Biarrots devront patienter avant de voir leur fresque emblématique retrouver sa splendeur d'antan.



