Fermeture exceptionnelle d'un joyau de l'Art nouveau parisien
Invertébrés, rongeurs, papillons et squelettes imposants... La Galerie de paléontologie et d'anatomie comparée du Muséum national d'histoire naturelle à Paris a fermé ses portes pour une longue période de dix-huit mois de travaux de réhabilitation. Ce joyau architectural de l'Art nouveau, inauguré en juillet 1898 au cœur du Jardin des plantes, restera inaccessible au public jusqu'à l'été 2027.
Un déménagement historique pour 5 600 spécimens
Avant même le début des travaux proprement dits, les équipes du Muséum ont dû relever un défi colossal : déménager des centaines de spécimens fragiles qui, pour la plupart, n'avaient pas bougé depuis l'inauguration de la galerie il y a plus de 125 ans. Sur les 5 600 spécimens que compte le site, très peu avaient été déplacés depuis juillet 1898, et certains, dans la galerie d'anatomie comparée au rez-de-chaussée, étaient même présents depuis les premières galeries Cuvier ouvertes en 1806.
Christine Lefèvre, directrice des collections naturalistes du MNHN, explique : « C'est en déplaçant ces spécimens que nous avons réellement pris conscience de la fragilité de certaines structures. Pour de nombreux animaux, cette fermeture tombe à pic car elle permet des restaurations nécessaires. »
Restaurations délicates et expertise pointue
Penchés sur un squelette de cochon d'Inde datant de la moitié du XIXe siècle et provenant du Pérou, le préparateur ostéologique Guillaume Gérard et la régisseuse des collections Cécile Colin-Fromont établissent un diagnostic minutieux. La tête s'est décrochée, une patte également, et plusieurs côtes manquent à l'appel. Ce spécimen, comme beaucoup d'autres, va bénéficier d'une restauration approfondie.
Les restaurations seront menées en partie en interne, et en partie à l'extérieur auprès de restaurateurs spécialistes de Naturalia, ces objets d'histoire naturelle qui demandent une expertise pluridisciplinaire rare. Ces professionnels doivent maîtriser simultanément la chimie, la biologie, l'histoire de l'art, et savoir travailler dans les domaines techniques de l'ostéologie, la taxidermie et la conservation en milieu fluide.
Protéger les collections des vibrations et des variations thermiques
L'équipe technique s'attelle actuellement à un travail de précision : 622 spécimens vont être glissés vers le centre des salles, près des grandes structures indémontables comme le fameux rorqual. L'objectif est de minimiser les risques de vibrations pendant les travaux.
« Nous faisons très attention aux spécimens accrochés sur les grands panneaux en bois, tels les crânes d'éléphants, développe Christine Lefèvre. Certains sont particulièrement fragiles et il faut les descendre avec précaution. »
Des techniciens procèdent actuellement au calage minutieux du squelette d'un éléphanteau, lui soulevant délicatement les pattes pour glisser dessous des plaques rigides plutôt que des mousses, évitant ainsi que les os ne s'enfoncent et que la structure d'ensemble ne se déforme.
Une réhabilitation essentielle pour la conservation
La réhabilitation de la galerie permettra notamment de réguler l'inertie thermique du bâtiment, le protégeant des amplitudes de température excessives entre l'hiver et l'été. Cette isolation améliorée est cruciale pour la pérennité des collections, comme l'explique Christine Lefèvre : « Les squelettes de cétacés, imprégnés de graisses, réagissent aux fortes chaleurs par des suintements aux extrémités articulaires, un phénomène qui peut activer leur dégradation. »
La recherche continue pendant les travaux
Pendant cette période de fermeture, la recherche scientifique ne s'arrête pas. Marie-Béatrice Forel, responsable scientifique de la paléontologie, étudie « la liste des spécimens que les scientifiques du Muséum veulent sortir pour les étudier », soit environ 80 pièces qui pourront faire l'objet d'analyses approfondies.
Par ailleurs, dès l'été 2026, une exposition temporaire proposera de plonger au cœur du chantier de fouilles exceptionnel d'Angeac en Charente. Cette présentation combinera rigueur scientifique et approche pédagogique pour dévoiler un écosystème vieux de 140 millions d'années et découvrir la faune du Crétacé, avec des pièces complémentaires provenant d'Europe, d'Asie et d'Afrique, ainsi que des dessins de reconstitution par l'auteur de bande dessinée Mazan.
La nouvelle galerie, une fois rénovée, restera rigoureusement identique à l'ancienne avec ses fameuses allées serrées caractéristiques, mais bénéficiera d'un nouvel accès pour les personnes à mobilité réduite. Plus de cent ans après son ouverture, la magie de ce lieu perdure : ses spécimens historiques « bougent » encore, tant littéralement que dans leur signification scientifique.



