Le démontage historique de l'orgue de la cathédrale de Bordeaux
En ce début mars, un chantier d'envergure se déroule au cœur de la cathédrale Saint-André de Bordeaux. L'orgue monumental et son imposant buffet sont méthodiquement démontés, révélant au passage les insuffisances techniques et qualitatives de l'instrument actuel. Cette opération, attendue depuis 2014, marque le début d'une transformation majeure pour l'édifice religieux quasi-millénaire.
Un instrument qui ne suscite guère de nostalgie
Lorsqu'on pénètre aujourd'hui dans la nef de la cathédrale, le vide laissé par la disparition de l'orgue saute immédiatement aux yeux. Jean-Baptiste Dupont, organiste titulaire de l'instrument, confirme que le chantier de démolition a débuté fin février et doit s'achever au plus tard le 20 mars. « J'ai souvent dû sortir le fer à souder en catastrophe pour pouvoir accompagner des célébrations religieuses », révèle-t-il, soulignant les problèmes récurrents de l'appareil.
La déconstruction progressive met en lumière la piètre qualité de l'orgue installé entre 1975 et 1982. Seulement cinq jeux sur 76 pourront être réutilisés, ce qui représente moins de 400 tuyaux sur les plus de 6 000 que compte l'instrument. « D'autres pourront être recyclés », relativise Jean-Baptiste Dupont. « Ils contiennent des métaux qu'on peut faire fondre pour fabriquer de nouveaux tuyaux : du plomb, du cuivre et surtout de l'étain, dont le cours s'est emballé ces dernières années. »
Des matériaux révélateurs
L'examen des éléments démontés est éloquent : les tuyaux en bois sont en aggloméré, un matériau peu noble pour un instrument de cette importance. Pire encore, Jean-Baptiste Dupont extrait du tas d'éléments déposés au fond de la nef une pièce en plastique, utilisée dans les registres de l'orgue. Ces découvertes confirment que l'instrument date d'une époque où le niveau d'exigence était manifestement moins élevé qu'aujourd'hui, avant même la création de la direction générale de la Création artistique (DGCA) au ministère de la Culture.
Thierry Semenoux, technicien spécialisé de la DGCA, précise : « Le facteur de l'orgue précédent avait aussi fabriqué celui de Chartres, qu'on est aussi en train de reconstruire. » Jean-Denis Portelli, président de l'association Cathedra qui accompagne le projet, ajoute : « Après celui de Bordeaux, il a fabriqué un autre instrument, puis il a déposé son bilan. »
Un buffet historique préservé
Si l'instrument lui-même ne sera que partiellement conservé, le buffet classé monument historique connaîtra un sort différent. Sa restauration est programmée pour 2028 et sera confiée à la manufacture autrichienne Rieger Orgelbau, la même entreprise spécialisée qui construira le nouvel orgue. Georg Pfeifer, responsable de la construction du futur instrument pour cette manufacture, supervise également le démontage des statues qui ornaient l'orgue, en collaboration avec Gwennin L'Haridon, associé à Rieger Orgelbau sur ce chantier.
Vers un orgue à la mesure de la cathédrale
Jean-Baptiste Dupont met en avant les dimensions inadaptées de l'orgue actuel : « C'est comme si on avait posé un orgue de salon dans un hall de gare. » Tous ces paramètres ont été pris en compte pour concevoir le nouvel instrument qui comptera 6 800 tuyaux, allant de 10 mètres pour le plus grave à 5 millimètres pour le plus aigu.
« Ce sera un orgue symphonique, adapté à l'acoustique de l'édifice », explique l'organiste titulaire. « Sa personnalité permettra de jouer tous les répertoires, soit cinq cents ans de musique. » La livraison est prévue pour l'été 2030, si le chantier ne subit pas de retard. Entre-temps, c'est l'orgue de chœur, plus petit mais de belle qualité, qui accompagnera les événements religieux.
Un chantier dans le chantier
Le démontage de l'orgue s'inscrit dans un projet de restauration plus vaste de la cathédrale. D'avril 2026 à septembre 2029, les pierres de l'édifice consacré en 1096 seront nettoyées et éventuellement réparées. La taille de l'orgue de chœur s'avère particulièrement adaptée aux dimensions de la partie de la cathédrale qui pourra accueillir du public pendant ces travaux.
Au terme de cette transformation complète, l'ensemble n'aura jamais paru si neuf, mariant harmonieusement patrimoine historique et excellence musicale pour les décennies à venir.



