Conchita Cintron à Bordeaux : Une corrida historique sous la pluie en mai 1949
Dans les archives historiques de la région, un événement singulier marque le 15 mai 1949. La célèbre torera Conchita Cintron se rend à Bordeaux, seulement une semaine après avoir toréé au Vélodrome d'hiver de Paris, sous le regard attentif de personnalités comme le prince Ali Khan et l'actrice Rita Hayworth. Cette visite est immortalisée par la plume du chroniqueur Don Severo dans le journal Sud Ouest du 16 mai 1949, offrant un récit vivant de cette corrida mémorable.
Une visite au journal et une arène transformée en marécage
Conchita Cintron ne se contente pas de toréer à Bordeaux ; elle rend également visite à la rédaction de Sud Ouest, où Don Severo lui offre une gerbe de fleurs en signe de bienvenue. Cependant, le temps ne sera pas clément pour l'apparition de cette « déesse » blonde aux arènes du Bouscat. La pluie tombe sans relâche, un phénomène rare qui force l'arrêt de la corrida au troisième toro, nécessitant son report au lendemain pour être terminée.
Dans son article, Don Severo décrit avec nostalgie la plaza visitée la veille, réparée et éclatante sous le soleil, avec sa barrera rouge vif et sa contrebarrera jaune d'or. Mais dimanche, tout s'estompe dans la grisaille désolante d'un ciel d'hiver, transformant l'arène en un véritable marécage. La pluie incessante gêne d'abord la lidia, la rend rapidement impossible, et oblige à suspendre le spectacle après sa première moitié, trempant complètement le public présent.
Une décision collective et une performance remarquable
Face à ces conditions désastreuses, une grosse majorité du public accepte le report à lundi 16 heures. L'empresa et les toreros proposent alors de lidier un seul toro supplémentaire dans l'arène détrempée, ou de reporter l'autre moitié du spectacle. La grisaille du temps se reflète dans la lidia qui se déroule dans ces circonstances difficiles, mais Conchita Cintron parvient à briller malgré tout.
À cheval, elle réussit la seule partie brillante de la journée avec un petit novillo de Villamarta, rapide et nerveux. Ce toro conserve ses facultés et meurt sans avoir ouvert la bouche, malgré ses poursuites acharnées contre la rejoneadora. Après une splendide démonstration de haute école dès le paseo sur son cheval As de Oro, Conchita impressionne par sa décision et sa précision, clouant ses rejones dans le haut du garrot et esquivant les charges avec son autre monture, Castillo.
Un toreo à pied et une conclusion efficace
Conchita Cintron torée également à pied avec la cape, bien que le bicho soit vif et la rende un peu mobile. Elle prend finalement la muleta pour un trasteo de la droite, davantage destiné à positionner le novillo qu'à briller dans un toreo purement académique. Avec l'estoc, elle ne réussit pas à placer le fer dans le haut comme elle le souhaitait, mais parvient finalement à raison du cornupète par une estocade delantera et un descabello concluant.
Ce texte historique, tiré des archives de Sud Ouest, est à retrouver dans le livre « Un siècle de corridas : les plus belles chroniques de Don Severo, Georges Dubos, Zocato, Don Pepe, Patrick Espagnet, Yves Harté et Pierre Veilletet » aux Éditions Sud Ouest. Il invite à plonger au cœur de la mémoire collective de la région, témoignant des événements qui ont marqué son histoire depuis plus de 80 ans.



