Clairac : La cité médiévale aux mille histoires entre pruneaux et protestantisme
Quel est le point commun entre Benjamin Franklin, Brillat-Savarin et le célèbre pruneau d'Agen ? La réponse se trouve à Clairac, une charmante cité médiévale aux briques roses, nichée dans le Lot-et-Garonne. Cette ville regorge d'histoires fascinantes, depuis sa fondation jusqu'à nos jours, avec un patrimoine riche et des innovations surprenantes.
Les origines et la prospérité de l'abbaye bénédictine
Clairac est née et s'est développée autour de son abbaye bénédictine, érigée sur une terrasse surplombant le Lot peu après l'an mil. Bien que des légendes attribuent sa fondation à Pépin le Bref ou à Charlemagne, la réalité historique confirme son essor médiéval. Ce qui distingue cette abbaye, c'est sa remarquable prospérité, grâce à ses terres alluviales fertiles, leur exposition sud et la passion des moines pour les expérimentations horticoles.
Ces expériences ont conduit à deux productions locales emblématiques : le pruneau d'Agen et le tabac. La prune était déjà consommée dans la région depuis l'époque romaine, comme en témoignent des noyaux gallo-romains découverts à Agen. Cependant, les moines de Clairac ont innové en greffant des pruniers locaux avec un prunier de Damas, rapporté par les croisés au XIIe siècle. La prune d'ente a ainsi prospéré dans les vergers de l'abbaye.
Selon l'ingénieur horticole Hubert Caillavet, spécialiste des pruniers, les moines de Clairac furent probablement les premiers à sécher ces prunes bleu-mauve, dodues et abondantes, donnant naissance au pruneau d'Agen. Quant au tabac, il fut acclimaté au XVIIe siècle à partir de plants brésiliens, boostant l'économie locale malgré les risques pour la santé.
Un bastion du protestantisme et des innovations intellectuelles
L'abbaye de Clairac ne se contentait pas d'innovations horticoles ; elle était aussi un foyer d'idées novatrices. En 1530, Marguerite de Navarre nomma le prédicateur luthérien Gérard Roussel à la tête de l'abbaye, semant les graines de la Réforme. L'abbé Geoffroy de Caumont embrassa ces idées en 1568, transformant les moines en apostats et ralliant presque toute la population de Clairac au protestantisme.
La ville devint ainsi un bastion protestant dans le Sud-Ouest, attirant la colère de Louis XIII. En 1621, le roi assiégea Clairac, fit exécuter les meneurs protestants et réduisit la cité à l'état de ruines, comme le décrivit le poète Théophile de Viau dans un sonnet poignant. Malgré ces troubles, l'abbaye continua d'influencer la région, avec des abbés détachés de Rome jusqu'à la Révolution.
Le déclin et la renaissance de l'abbaye
Après la Révolution, l'abbaye connut diverses utilisations : entrepôt, centre d'entraînement naval, lycée technique et musée des Automates. Abandonnée et menaçant ruine, elle fut rachetée il y a trois ans par un couple néerlandais, Brigitte et Don Van der Linden, qui entreprennent sa rénovation. Ils préservent le cloître rose, où ils prévoient de replanter des pruniers, et accueillent déjà des mariages et des gîtes de charme.
L'église abbatiale Saint-Pierre-ès-Liens, devenue paroissiale, conserve ses chapiteaux et les décors du peintre italien Giovanni Masutti. Autour de la place, l'impasse du Clocher, avec ses briques et sa treille, rappelle l'époque où le vin de Clairac était célébré par Brillat-Savarin lui-même.
Les visites incontournables et le patrimoine architectural
Pour découvrir Clairac, Françoise Modéran, raconteuse de pays, propose des visites sur rendez-vous. En été, des visites guidées explorent la ville médiévale et les bords du Lot. Les plaques émaillées de la Société des amis de Clairac permettent aussi une visite en solo.
Le patrimoine architectural est remarquable, avec la maison du maître d'armes, reconnaissable à ses fenêtres à meneaux de bois, et la maison Montesquieu, une merveille du XVe ou XVIe siècle aux briques et bois en chevrons. Cette dernière, propriété de la mairie, nécessite une préservation urgente.
Clairac est également située sur le GR 654 E, une variante des chemins de Compostelle, et sur la Véloroute de la vallée du Lot, offrant des opportunités de randonnée et de cyclisme. Pour se restaurer, Le National propose des plats du jour et des pizzas, tandis que L'Herboriste sert une cuisine raffinée avec des produits locaux.
Pour un séjour, Les Coteaux offrent des lodges en pleine nature, et l'abbaye de Clairac propose des gîtes spacieux pour les familles. Cette cité médiévale, avec son histoire riche et son patrimoine préservé, continue de captiver les visiteurs et les amateurs d'histoire.



