Enlevé par sa mère en 2017, Alex Batty raconte son calvaire de six ans
Enlevé par sa mère en 2017, Alex Batty raconte son calvaire

L'histoire d'Alex Batty, un Britannique enlevé par sa mère et son grand-père en 2017 à l'âge de 11 ans, a connu un dénouement inattendu en 2023. Après six années de vie itinérante à travers le Maroc, l'Espagne et la France, il a réussi à s'enfuir et à retrouver une vie normale. Dans un entretien accordé à nos confrères de La Dépêche, il revient sur cette période hors du commun.

Un enlèvement déguisé en vacances

En septembre 2017, Alex Batty part pour Malaga, en Espagne, avec sa mère Melanie et son grand-père David, pour ce qui devait être une semaine de vacances. Mais très vite, sa mère lui annonce qu'ils ne rentreront pas. Les deux adultes, adeptes de la mouvance des « citoyens souverains » – des personnes rejetant toute autorité établie et souvent proches des théories du complot – avaient perdu la garde d'Alex lorsqu'il était enfant, confié à sa grand-mère.

Une vie de communauté et de petits boulots

Pendant plusieurs années, Alex suit sa mère et son grand-père dans des communautés spirituelles itinérantes. Il vit notamment en France pendant quatre ans. Malgré les circonstances, il garde de bons souvenirs : « Je garde énormément de bons souvenirs », confie-t-il. Le jeune homme alterne les petits boulots dans le bâtiment avec son grand-père ou comme commis de cuisine dans un Airbnb à La Bastide (Pyrénées-Orientales). Il parvient même à commencer à étudier après quelques années.

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Interrogé sur d'éventuels abus, Alex affirme n'avoir subi « aucune forme d'abus », mais il se dit « négligé » par sa mère. « Mon grand-père m'aimait énormément et aurait tout fait pour moi. Mais ma mère me disait qu'elle m'aimait sans jamais le montrer. Elle priorisait ses propres intérêts, me faisant travailler à sa place, par exemple », explique-t-il.

Le sentiment d'être privé d'enfance

Rapidement, Alex se sent isolé des jeunes de son âge. « Je n'avais aucun ami de mon âge, aucune communication constante avec eux. Il n'y avait que des gens plus vieux, plus matures, alors que je voulais juste m'amuser, être un enfant », se souvient-il. Cette prise de conscience le pousse à réfléchir à son avenir. « Mon futur avec ma mère, c'était le travail, personne de mon âge, pas de pièce d'identité, pas de passeport, rien de normal. En Angleterre, je pourrais avoir des papiers et aller à l'université. Il semblait y avoir beaucoup plus d'opportunités là-bas que de rester coincé dans une montagne pour le reste de ma vie », raconte-t-il.

Une évasion préparée mentalement

Pendant des années, Alex fantasme son départ à travers les films. Mi-décembre 2023, il passe à l'action avec seulement 50 euros, un manteau, un sac à dos et son skateboard. « J'ai pris mon skateboard pour m'en servir comme siège pour ne pas m'asseoir par terre, et j'ai même dormi dessus à un moment », se souvient-il.

Dans la nuit du 13 décembre, un chauffeur livreur le prend en stop dans l'Aude et le dépose à la gendarmerie de Revel (Haute-Garonne). C'est la fin de six années d'errance. Alex est rapatrié en Angleterre.

Une nouvelle vie et des retrouvailles avec la normalité

Sur le moment, Alex ne réalise pas l'ampleur médiatique de son histoire. Ce n'est qu'en entendant son nom à la radio qu'il comprend. Les semaines suivantes sont un « flou total ». « Tout était nouveau, même entendre des sirènes de police ou entendre les gens parler anglais dans la rue. C'était étrange », se rappelle-t-il.

Aujourd'hui, Alex a retrouvé ses marques. Il a été à l'université, s'est fait des amis, a rencontré sa compagne et est même devenu père. « J'ai fait tout ce que je voulais », confie-t-il. Quant à sa mère et son grand-père, les contacts sont très limités. « Pas vraiment. Je ne peux pas parler à mon grand-père. Avec ma mère, nous avons de très rares communications par téléphone, c'est très épisodique », conclut-il.

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