Au début des années 1980, le château de Montalet, situé à Molières-sur-Cèze dans le Gard, connaît un épisode dramatique : la façade de l’édifice s’effondre. Face à ce sinistre, les propriétaires du château restent silencieux, tout comme les pouvoirs publics. Cette inaction inquiète fortement les habitants des environs, qui redoutent de voir disparaître un élément majeur de leur patrimoine.
« Si personne n’agit, tout va disparaître », se disent-ils alors. Cette conviction est le point de départ d’une formidable mobilisation. Les habitants décident de créer l’Association pour la sauvegarde du château de Montalet, avec pour objectif de restaurer le monument et de le préserver pour les générations futures.
Gérard Naud, un président né
Parmi les premiers à s’investir, Gérard Naud apparaît comme une figure centrale. Encore étudiant, il met à profit ses vacances pour rejoindre Jean-Jacques Larguier, Compagnon du devoir, venu spécialement participer à la restauration de l’église de Meyrannes. À ses côtés, Gérard apprend les rudiments de la restauration et développe une véritable vocation.
Son implication est telle que les membres de l’association le choisissent naturellement comme président. Cette responsabilité, il l’assume avec sérieux, tout en continuant à se former. Il participe notamment à un stage proposé par Rempart, un mouvement qui forme des bénévoles à la restauration du patrimoine. Ce stage est encadré par Christiane Von Smulck Mollar, architecte en chef des Monuments historiques, une professionnelle reconnue. Cette expérience de terrain, complétée par l’encadrement de professionnels, permet à Gérard d’acquérir une véritable expertise dans la conservation des monuments.
Une rencontre déterminante
Ce stage est aussi l’occasion d’une rencontre inattendue : celle de Patrick, un jeune homme passionné par le patrimoine et les vieilles pierres. Sensible à la cause, Patrick décide de rejoindre l’aventure de Montalet. Il participe notamment au débroussaillage du site, une étape essentielle pour rendre le lieu accessible et sûr.
Hébergé chez Gérard, Patrick partage les soirées avec l’équipe de bénévoles. C’est lors de ces moments de convivialité qu’il fait la connaissance de Cathy, qui marquera elle aussi son passage. Loin d’être un simple épisode de vacances, cet engagement durable ouvre la voie à une carrière au service du patrimoine : Patrick gravit les échelons au sein de Rempart pour devenir responsable national de l’organisation. Cette trajectoire montre combien une rencontre fortuite peut orienter toute une vie.
Le retour aux sources
Les années passent. Le relief de cette aventure ne s’efface pas, bien au contraire. Le fils de Patrick, à son tour gagné par la passion de la sauvegarde du patrimoine, souhaite reprendre le flambeau et participer à des chantiers de restauration. Une envie qui touche profondément Patrick, conscient de la valeur de cette transmission.
Profitant de ses vacances, Patrick décide de revenir sur les lieux qui ont marqué son parcours. Il se rend d’abord à Portes, une commune voisine, avant de revenir à Montalet. Ce retour est chargé d’émotion. Ce pèlerinage sur les lieux de sa jeunesse est aussi une manière de mesurer le chemin parcouru. Il découvre avec émerveillement l’ampleur des travaux accomplis depuis toutes ces années. Ce qui n’était qu’un site en ruine est aujourd’hui un patrimoine vivant, sauvé de l’oubli grâce à la persévérance de toute une communauté.
Autour d’un repas partagé avec les anciens et les nouveaux bénévoles, les souvenirs refont surface. Les accès difficiles à travers la montagne, le franchissement de la voie ferrée, les murs en ruine parfois dangereux… Autant d’épreuves qui, avec le recul, apparaissent comme les fondations d’une belle aventure collective.
Alors, dans un sourire complice, une promesse est faite : « On attendra 40 ans pour se revoir. » Une phrase légère, mais qui dit tout l’attachement à ce lieu et à cette histoire.
Cette anecdote illustre la force du bénévolat et de la mémoire. Le château de Montalet doit sa renaissance à des femmes et des hommes ordinaires, animés par une passion extraordinaire. La transmission entre les générations, illustrée par l’engagement du fils de Patrick, est sans doute le plus beau succès de cette entreprise collective. Et si la relève est assurée, c’est tout l’avenir de ce patrimoine qui se dessine avec confiance.



