Bénerville-sur-Mer : un écrin artistique et littéraire au cœur de la Normandie
La petite commune de Bénerville-sur-Mer, nichée sur la Côte fleurie en Normandie, recèle une histoire culturelle exceptionnelle, profondément marquée par les arts et les lettres. Cette saga locale, qui s'étend sur plus d'un siècle et demi, connaît aujourd'hui un nouveau chapitre avec la renaissance du Castel Bénerville en un hôtel de luxe empreint de références littéraires.
Les racines impressionnistes et l'âge d'or du Château Gabriel
Dès la seconde moitié du XIXe siècle, le peintre Eugène Boudin, précurseur de l'impressionnisme, pose fréquemment son chevalet à Bénerville. Il immortalise les couchers de soleil sur ses rivages paisibles et capture l'élégance des estivants de la station balnéaire voisine de Deauville. Presque simultanément, en 1874, le collectionneur Paul Gallimard fait édifier le Château Gabriel sur les pentes du mont Canisy. Cette construction coïncide avec l'émergence fracassante du mouvement impressionniste à Paris.
Trois décennies plus tard, ce vaste manoir de style anglo-normand devient le théâtre d'une amitié fondatrice. En 1908, Marcel Proust y rencontre le jeune Gaston Gallimard, fils de Paul et futur directeur de la Nouvelle Revue française. Cette relation aboutira, en 1919, à la publication par Gaston de À l'ombre des jeunes filles en fleur, un volume de À la recherche du temps perdu où les paysages de la Côte fleurie sont évoqués avec poésie.
La naissance du Castel Bénerville et ses métamorphoses
Inspiré directement par l'architecture du Château Gabriel, l'architecte Henri Goury construit en 1908 le somptueux Castel Bénerville. Cette demeure est commandée par l'agent de change parisien François-Stephen Ribes, qui y reçoit l'élite des arts, des lettres et de la finance. Le castel connaîtra par la suite des destinées variées.
Propriété du parfumeur François Coty puis réquisitionné par l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, il sombre ensuite dans un long oubli, devenant un vestige silencieux du passé. Le tournant du troisième millénaire voit sa restauration, avant qu'une nouvelle page ne s'ouvre avec l'arrivée de l'entrepreneuse Emmanuelle Bourgueil.
La Maison Douce Époque : un hommage contemporain aux lettres
Emmanuelle Bourgueil transforme le lieu en Maison Douce Époque, un hôtel 5 étoiles ouvert à l'été dernier et confié à la direction de Philippe Chamard. Dissimulé dans un écrin de nature avec une vue imprenable sur la Manche, l'établissement allie luxe discret et hommage à l'héritage littéraire local.
Si la façade à colombages est préservée, l'intérieur a été entièrement repensé. Les quatorze chambres et suites, aménagées dans le bâtiment principal et les anciennes écuries, portent chacune le nom d'un écrivain illustre. La suite dédiée à Marcel Proust abrite ainsi, dans sa bibliothèque, l'intégrale de À la recherche du temps perdu, perpétuant le lien indéfectible du lieu avec la grande littérature.
De Boudin à Proust, et du Château Gabriel au Castel Bénerville, Bénerville-sur-Mer continue d'écrire, avec élégance et discrétion, son chapitre unique dans l'histoire culturelle française.



