Un projet ambitieux devenu fardeau financier
La Cité de l'océan de Biarritz, projet phare lancé avec de grandes ambitions, s'est transformée en véritable casse-tête financier pour la ville. Conçue sous le mandat du maire bâtisseur Didier Borotra entre 2008 et 2014, cette structure architecturale en forme de vague, signée par le célèbre architecte new-yorkais Steven Holl, devait devenir un pôle d'attraction majeur sur la côte basque.
En 2009, la société d'économie mixte Biarritz océan réunissait le musée de la Mer et la future Cité de l'océan, contractant un partenariat public-privé (PPP) avec le groupe Vinci pour financer les travaux. Ce mécanisme, très populaire au début des années 2000, permettait à la collectivité de faire avancer le projet moyennant des redevances étalées sur trente ans.
Le réveil difficile des comptes
En 2018, un rapport cinglant de la Cour des comptes a porté l'estocade : le coût réel pour la Ville de Biarritz est estimé à 40 millions d'euros. Cette situation s'explique non seulement par le choix du PPP, mais aussi par des prévisions de fréquentation totalement irréalistes. Les concepteurs imaginaient que le site surpasserait en popularité des attractions emblématiques comme le Petit Train de la Rhune.
La signature architecturale audacieuse du bâtiment n'a pas suffi à compenser les lacunes du contenu. Le concept initial de Cité du surf a progressivement dérivé vers une approche scientifique de l'océan qui n'a pas séduit le public. Seul l'Aquarium (anciennement musée de la Mer) continue d'attirer les visiteurs de manière significative.
Des solutions de sauvetage et des idées divergentes
Le renflouement par les collectivités, les baisses de loyers et l'arrivée en 2016 d'un directeur marketing spécialisé dans le tourisme de loisirs ont permis de remettre Biarritz océan dans le vert. Aujourd'hui, les attractions de réalité virtuelle, films 3D et surf virtuel parviennent à capter les familles lorsque la météo estivale les prive de plage.
Mais le reste de l'année, la Cité de l'océan continue de ramer. Les idées pour de nouvelles orientations sont nombreuses et parfois surprenantes : elles vont de la boîte de nuit géante au musée du Surf en passant par un centre d'exposition permanent.
Les projets universitaires en suspens
La Ville a progressivement abandonné ses ambitions de créer un pôle universitaire scientifique destiné à dynamiser la Cité de l'océan. L'implantation du centre de biomimétisme marin Ocean Start, qui avait animé la campagne municipale de 2020, a quasiment disparu des radars. Seule la justice doit encore trancher sur la préemption contestée de terrains à la Milady.
Les visions des candidats aux municipales
Les six candidats à la mairie de Biarritz ont détaillé leurs projets pour l'avenir de la Cité de l'océan, révélant des approches parfois radicalement différentes.
Serge Blanco : l'économie bleue comme moteur
Serge Blanco mise sur la proximité avec le futur pôle de la Milady pour créer des complémentarités. « Nous voulons faire de Biarritz une ville motrice de l'économie bleue », explique-t-il. Son projet inclut l'accueil d'entreprises innovantes dans les métiers de l'océan et des formations universitaires spécialisées. Il propose également de relancer un grand festival populaire inspiré des arts de la rue.
Jean-Baptiste Dussaussois Larralde : la culture 365 jours par an
Pour Jean-Baptiste Dussaussois Larralde et Cap Biarritz, la culture doit vibrer toute l'année. Son projet « Culture 365 » se déploiera dans chaque quartier avec une stratégie de désaisonnalisation. Il lancera l'événement Biarritz océan dédié à l'économie bleue et valorisera les racines basques par la création d'une Maison culturelle.
Ana Ezcurra : un lieu investi par les habitants
Ana Ezcurra (Biarritz Berri) souhaite que la Cité de l'océan devienne « un lieu réellement investi par les habitants ». Elle propose d'ouvrir davantage les espaces aux associations et initiatives locales, et de créer un Parlement de la mer comme lieu de dialogue autour de l'océan. Elle envisage également d'utiliser les extérieurs pour des animations, concerts ou un jardin de sculptures.
Guillaume Barucq : vers une véritable Cité du surf
Guillaume Barucq prône une transition douce vers ce que le lieu aurait dû être dès l'origine : une véritable Cité du surf. « Nous encouragerons le renouvellement des attractions autour du surf », affirme-t-il. Son projet inclut la création d'une fondation de la surf culture unique en Europe et l'étude de Bains de l'océan avec eau de mer chauffée.
Maider Arosteguy : un centre d'art contemporain
Maider Arosteguy propose une transformation radicale en grand centre d'art contemporain. « Elle doit devenir un véritable moteur culturel pour Biarritz et le territoire », insiste-t-elle. Un appel à projets serait lancé pour confier la gestion à un acteur culturel de référence, avec des contacts déjà pris avec le musée Guggenheim.
Richard Tardits : un centre de remise en forme thermal
Richard Tardits envisage un changement de destination assumé vers un centre de remise en forme et thermalisme moderne avec bassin nordique de 50 mètres. « Ce choix répond à trois objectifs : santé publique, attractivité hors saison et dynamisation économique », explique-t-il. Cette orientation permettrait une activité stable sur douze mois.
Un avenir à redéfinir
Quinze ans après son ouverture, la Cité de l'océan se trouve à un carrefour décisif. Alors que l'Aquarium reste la locomotive économique de la société d'économie mixte, le bâtiment emblématique en forme de vague cherche toujours sa véritable vocation. Les propositions des candidats aux municipales reflètent cette quête d'identité, entre préservation du patrimoine océanique, développement économique et innovation culturelle.
La décision qui sera prise dans les prochains mois déterminera non seulement l'avenir de cet équipement controversé, mais aussi la manière dont Biarritz entend valoriser son identité maritime face aux défis économiques et environnementaux du XXIe siècle.



