Baie de Saint-Malo : la frégate La Charmante livre ses secrets 300 ans après son naufrage
Baie de Saint-Malo : l'épave de La Charmante révèle ses secrets

Tout marin le sait : avec ses forts courants de marées et ses nombreux rochers, la baie de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) a tout d’un nid de guêpes quand on navigue. Tout au long de l’histoire, ses eaux tumultueuses ont ainsi vu sombrer de nombreux navires. Plusieurs centaines d’épaves peuplent ainsi les profondeurs de ce véritable cimetière marin. C’est là, aux portes de la Cité corsaire et à l’entrée du chenal, que des plongeurs locaux ont découvert en 1987 la carcasse bien abîmée d’une frégate gisant à 18 mètres de profondeur.

Dans cette épave, localisée sur le spot des Pierres des Portes, un trésor attendait ces archéologues amateurs qui ont ramené à la surface onze canons en fonte de fer ornés de fleur de lys, des ancres, 140 pièces de monnaie datées entre 1610 et 1698 et divers objets du quotidien utilisés par les corsaires à bord. « C’est un site emblématique, l’un des sites fondateurs de l’archéologie sous-marine dans le Grand Ouest », précise Élisabeth Veyrat, cofondatrice de l’Association pour le développement de la recherche en archéologie maritime (Adramar).

La frégate s’est fracassée sur les rochers en 1702

Après cette découverte, il faudra attendre une quinzaine d’années pour que cette épave anonyme révèle son identité. « Lors de fouilles sur le site de la Natière au début des années 2000, des recherches dans les archives ont permis d’établir un lien probable entre cette épave et la frégate malouine La Charmante », souligne l’archéologue. Ce navire corsaire de 35 mètres a sombré le 21 novembre 1702, au retour de sa première campagne, en se fracassant sur les rochers.

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« La coque se creva et l’eau envahit les fonds. Trois bateaux présents sur les lieux évacuèrent l’équipage. Aucun papier du bord, aucun registre de prise ne peut être sauvé tant le naufrage fut rapide », peut-on lire sur le rapport de naufrage d’époque, consulté par nos confrères du Pays Malouin. Près de quarante après sa découverte, l’épave de La Charmante n’a pas encore livré tous ses secrets. C’est en tout cas la conviction des membres de l’Adramar qui relancent en ce début de semaine une nouvelle campagne de recherche. « On veut percer ses mystères et vérifier qu’il s’agit bien de La Charmante », indique Élisabeth Veyrat, « persuadée » qu’ils trouveront « de nouvelles choses. »

Un premier repérage avant de lancer des fouilles

Ces mardi et mercredi, ils plongeront donc pour réexaminer l’épave, s’appuyant sur les progrès de l’analyse archéologique et sur les avancées technologiques pour la faire parler. « Les plongeurs qui l’ont découvert ont fait du bon boulot mais ils étaient bénévoles et ils travaillaient avec les moyens de l’époque », assure-t-elle. Ces explorations permettront de photographier le site sous toutes les coutures et de cartographier les vestiges apparents. « Une fois ces reconnaissances faites, on verra alors si ça vaut le coup de lancer des fouilles plus poussées l’an prochain », souligne l’archéologue.

Pendant que certains plongeront, d’autres membres de l’Adramar analyseront aussi les objets récupérés lors de la découverte de l’épave ainsi que les archives historiques liées au naufrage au musée de Saint-Malo. « On avance à petits pas comme dans une enquête policière, sourit Elisabeth Veyrat. Et c’est ça qui rend notre métier passionnant. »

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