Alès célèbre le centenaire de son retour à l'orthographe historique
Alès : 100 ans du retour à l'orthographe historique

Un siècle de retour aux sources pour Alès

Dans le paysage des changements de noms de communes françaises, les transformations sont rares. Pourtant, il y a exactement un siècle, la ville d'Alès dans le Gard renouait officiellement avec son orthographe historique après plusieurs décennies d'utilisation de la graphie "Alais". Ce retour aux sources, officialisé par décret ministériel le 29 juillet 1926, fait aujourd'hui l'objet d'une commémoration particulière.

Une longue histoire de dénominations

L'histoire toponymique d'Alès est riche et complexe. Dès l'époque mérovingienne, la localité était connue sous le nom d'Alesto. Au début du XIIe siècle, elle apparaît sous la forme Alestum dans les documents officiels. Le milieu du XIVe siècle voit l'émergence de Villa Alesi, avant un retour à Alesto un siècle plus tard. Cette évolution linguistique témoigne des transformations phonétiques et orthographiques qui ont marqué la région au fil des siècles.

Au début du XXe siècle, les visiteurs pouvaient encore observer l'orthographe "Alais" sur le monument aux Morts situé dans le jardin public du Bosquet, inauguré en octobre 1925. Cette inscription constitue un témoignage tangible de la graphie alors en vigueur, peu avant le changement historique de 1926.

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Une erreur de transcription corrigée

Bernard de Fréminville, auteur du dictionnaire encyclopédique "Alais" et spécialiste de l'histoire locale, explique ce changement orthographique. "Le nom francisé le plus ancien de la ville est bien Alès", précise-t-il. "Celui d'Alais ne s'est imposé qu'au XVIe siècle, par suite, dit-on, d'une erreur de transcription."

La campagne pour récupérer l'ancien nom fut initiée par la municipalité dès 1914, mais il fallut attendre douze années supplémentaires pour que le Conseil d'État autorise officiellement ce retour aux sources. Le décret ministériel du 29 juillet 1926 marqua ainsi l'aboutissement d'un long combat administratif et culturel.

Des résistances parisiennes

Ce changement ne s'est pas fait sans opposition. Bernard de Fréminville a découvert dans ses recherches un article paru dans le journal "Le Temps" du 23 août 1926, où l'auteur s'insurgeait contre cette modification. "On ne voit pas en quoi Alais blessait la pudeur", pouvait-on lire dans cette publication parisienne.

L'article poursuivait avec une certaine ironie : "Cette crise d'archaïsme moyenâgeux étonne chez des citoyens qu'on croyait à l'avant-garde du progrès". Le journaliste ajoutait même des considérations phonétiques : "Leurs oreilles ne pouvaient souffrir qu'on prononçât Alais comme Calais, sans faire sentir l's final."

Un siècle plus tard, Bernard de Fréminville considère avec amusement ces réactions : "J'ai trouvé amusant la contre-attaque de Parisiens qui est fétide, où ils s'insurgent contre ce changement de nom."

Les artisans du changement

Dans son encyclopédie parue aux Éditions Peletine, Bernard de Fréminville identifie les principaux acteurs de cette transformation. Le professeur Artigues apparaît comme l'initiateur du mouvement, tandis qu'Alcide Blavet, président de la Société littéraire et scientifique d'Alais au début du XXe siècle, a également joué un rôle déterminant dans cette bataille pour l'orthographe historique.

Des tentatives ultérieures

L'histoire toponymique d'Alès ne s'est pas arrêtée en 1926. L'auteur rappelle que des appels ont été lancés, il y a quelques années, pour rebaptiser la ville "Alès porte des Cévennes" ou "Alès-en-Cévennes". Ces propositions sont cependant restées sans suite, témoignant de la complexité des changements de dénomination municipale en France.

Aujourd'hui, alors que la ville célèbre le centenaire de son retour à l'orthographe Alès, cette histoire rappelle combien les noms de lieux sont porteurs de mémoire et d'identité. "Des changements de nom de villes, il n'y en a pas des masses…", conclut Bernard de Fréminville, soulignant ainsi la rareté et l'importance de tels événements dans la vie des communes françaises.

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