Une Traviata audacieuse à Montpellier brouille les genres et dénonce le patriarcat
Traviata audacieuse à Montpellier brouille les genres

Une Traviata audacieuse à l'Opéra Comédie de Montpellier

À l'Opéra Comédie de Montpellier, une production audacieuse de La Traviata est présentée dès ce mercredi pour six représentations. Sous la direction musicale de Roderick Cox et dans une mise en scène de Silvia Paoli, cette version revisite l'ouvrage emblématique du romantisme italien avec une lecture scénique centrée sur le regard social et les rapports de genre.

Le destin tragique de Violetta revisité

Inspirée de La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils, La Traviata suit le destin tragique de Violetta Valéry, une courtisane parisienne en quête d'amour et de reconnaissance dans une société qui la condamne inexorablement. Les éléments narratifs restent fidèles à l'œuvre originale : Violetta abandonne sa vie mondaine pour vivre avec Alfredo, mais leur bonheur est brisé par le père de ce dernier, qui exige leur séparation au nom des conventions sociales. Par sacrifice, Violetta renonce à son amour sans révéler la vérité, sombrant dans la solitude et la maladie avant de mourir victime d'une société hypocrite.

Une mise en scène qui brouille les genres

Silvia Paoli propose une lecture aux images fortes qui dynamite les codes du patriarcat. L'opéra s'ouvre sur une danseuse qui s'éveille fébrilement, tandis qu'une rangée d'hommes en noir reste figée en fond de scène. La metteuse en scène brouille délibérément les genres : les toréadors qui suivent les bohémiennes sont interprétés par des femmes à moustaches, et les hommes portent des tutus. "Violetta est acceptée tant qu'elle reste dans son rôle de courtisane. Dès qu'elle tente d'en sortir, la société la condamne. Pour moi, c'est une histoire de reconnaissance : elle veut être reconnue par ses pairs, et c'est pour cela qu'elle choisit de se sacrifier. C'est une tragédie profondément ancrée dans le patriarcat", explique Silvia Paoli.

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Le regard permanent de la société

Le décor fait apparaître des loges à l'étage qui symbolisent le regard permanent de la société. "On regarde, mais on est aussi regardé. C'est particulièrement flagrant lors de la fête chez Flora : derrière l'apparence et le costume, on retrouve les rapports de force immuables entre les hommes et les femmes", souligne la metteuse en scène. Contrairement à la version habituelle, Violetta finit seule sur scène et imagine les voix des personnages autour d'elle. Silvia Paoli reconnaît que certaines conventions musicales de l'opéra reprennent le dessus sur le réalisme, comme l'absence de toussotements pour évoquer la maladie de Violetta.

Des prouesses vocales au rendez-vous

La production exige des prouesses vocales, ici bien assurées. La soprano arménienne Ruzan Mantashyan, dans le rôle-titre, déploie toute sa virtuosité dans le grand air È strano… Sempre libera, mêlant roulades, trilles et vocalises avec maestria. Le baryton Gëzim Myshketa, interprétant le père Germont, livre également quelques beaux solos remarquables. Les représentations sont programmées les mercredi 1er, lundi 6 et mercredi 8 avril à 19 heures, les vendredis 3 et 10 avril à 20 heures, et le dimanche 12 avril à 17 heures à l'Opéra Comédie de Montpellier, avec des tarifs variant de 29 à 83 euros.

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