Au sein de l'Opéra de Nice, une onde de choc parcourt les coulisses. Des salariés, sous couvert d'anonymat, dénoncent une profonde souffrance au travail. « Depuis qu'ils sont arrivés, le mal-être est général dans tous les services », confient-ils. Certains employés, anciens ou récents, envisagent de quitter le navire, d'autres restent par contrainte.
Des témoignages accablants
Julie (prénom modifié), une employée, exprime son désarroi : « Je veux bien travailler, beaucoup même, mais pas à n'importe quel prix. Bertrand Rossi a une boulimie d'événements, mais les moyens ne suivent pas. Et si cela ne correspond pas à ses attentes, alors, ce sont des réflexions, de la pression, du mépris. » Lasse, elle a décidé de démissionner.
Adèle (prénom modifié), d'un autre service, renchérit : « Bertrand Rossi et Flavien Moglia veulent faire rouler une Ferrari avec un moteur de 2CV et si ça ne marche pas c'est de notre faute. »
Un turnover impressionnant
Une employée dresse une liste des dysfonctionnements : démissions en série, mises à disposition, arrêts maladie et dossiers transmis à la médecine préventive. « Le turnover est impressionnant, les départs sont douloureux, il y a des burn-out aussi », assure-t-elle. Selon elle, « personne n'est heureux dans cette ambiance ».
Ce malaise s'est accentué depuis six ans, coïncidant avec l'arrivée du directeur et de son adjoint. « Ils sont très aimables, très sympathiques, ce n'est jamais frontal, mais larvé », témoigne un troisième employé. Il évoque une « perte d'humanité » et un management toxique qui l'a poussé à partir. « Il n'y a plus de vivre ensemble, plus aucune bienveillance, plus d'entraide, il n'y a que des sanctions », regrette-t-il.
Le corps de ballet en crise
Six danseurs, dont des solistes et demi-solistes, ont acté leur départ. Certains en CDD, d'autres syndiqués au Sanca-Unsa. Les fiches d'évaluation sont contestées : « Là on me dit que je n'étais pas bon, mais c'était quand j'étais blessé », proteste l'un d'eux. Un autre montre un message d'un chorégraphe extérieur louant ses qualités, contredisant l'évaluation.
Bernard Couroux, secrétaire général du Sanca-Unsa, a saisi le dossier : « Au foot, s'il y a un problème, on vire l'entraîneur, pas les joueurs. » Après un entretien avec Bertrand Rossi, il n'a obtenu qu'une fin de non-recevoir, mais promet de ne pas lâcher.
La réponse de Bertrand Rossi
Le directeur de l'Opéra de Nice se défend : « Mon management est bienveillant et juste. » Il conteste les accusations de harcèlement moral et affirme être à l'écoute. « Ma porte est toujours ouverte, d'ailleurs on me reproche souvent d'être trop accessible, trop gentil », dit-il.
Il reconnaît néanmoins une fatigue des équipes : « Je ne dis pas que tout va bien. Nous sommes passés de 50 000 à 115 000 spectateurs, c'est beaucoup de travail. Avant, nous avions une vitesse de croisière, tranquille, le bateau était à quai. Maintenant il a un triple moteur et il avance. » Il a modifié les plannings pour offrir plus de repos.
Ingérence syndicale ?
Concernant les danseurs, Rossi s'agace : « C'est un syndicat à la manœuvre. Je refuse de gérer une maison au rythme des échéances syndicales. » Il rappelle que la direction artistique est de son ressort. Toutefois, il admet avoir senti « une rupture de confiance avec Pontus Lidberg, le directeur de ballet » et promet de ne pas laisser tomber. Une cellule psychologique a été mise en place pour les danseurs.



