Agnès Jaoui signe un Don Giovanni classique et puissant à Montpellier
Agnès Jaoui : un Don Giovanni classique à Montpellier

L'opéra "Don Giovanni" vu par Agnès Jaoui à Montpellier : itinéraire d'un enfant beaucoup trop gâté. "Don Giovanni, a cenar teco", grand moment lyrique très attendu, et esthétiquement dantesque !

Une mise en scène classique au service de l'œuvre

Agnès Jaoui remporte la mise en abyme haut la main cette semaine à Montpellier : sa mise en scène de l'opéra Don Giovanni de Mozart est encore donnée trois fois au Corum, alors que sort, mercredi au cinéma, sa nouvelle réalisation L'objet du délit qui raconte les coulisses d'une production des Noces de Figaro, autre "tube" du génie autrichien (également avec Da Ponte), perturbées par une accusation d'agression sexuelle. Dans tous les cas, il est question d'hommes puissants qui abusent de leur pouvoir et des femmes tout particulièrement. Rapporté à l'actualité, gros risque de vertige gigogne !

Pour revenir au Don Giovanni qui nous intéresse ici, Agnès Jaoui ne cherche pas à souligner d'une quelconque façon l'actualité de son propos. Quand d'autres personnalités médiatiques invitées à se frotter au grand répertoire lyrique s'empressent de déconstruire, décaler, moderniser ou se mettent d'abord en scène, l'actrice, scénariste et réalisatrice préfère se mettre au service de l'œuvre. À l'exception d'une lune souriante ou de quelques étoiles filantes projetées sur l'écran, sa mise en scène assume pleinement et bellement son classicisme, conservant l'époque, respectant les codes.

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Un dispositif scénique somptueux

Conçu par Eric Ruf, le dispositif scénique se compose de murs mobiles qui figurent une monumentale architecture gothique et permettent, par leur déplacement, une belle variété de perspectives. Les costumes signés Pierre-Jean Larroque sont somptueux, ne s'autorisant que la fantaisie d'un imprimé ou d'un doré intégral (pour Don Giovanni). Les lumières caravagesques de Bertrand Couderc complètent le tableau : classique mais puissant.

Agnès Jaoui veut que l'on voie et écoute l'œuvre, rien que l'œuvre, que l'on goûte sa nature complexe, nuancée, oxymorique de dramma giocoso ("drame joyeux"). En fervente adepte du pari sur l'intelligence, elle laisse à chacun le soin de l'interpréter à la lumière des enjeux contemporains.

Une direction musicale et une distribution remarquables

D'emblée, l'ouverture nous offre de nous régaler de la direction tonique mais svelte de Benjamin Bayl. Les musiciens de l'orchestre de Montpellier se jettent dans ce bouquet de notes splendides avec finesse et allant éclatants. Ce Don Giovanni ne manque ni de vitalité ni de subtilité.

La distribution impressionne immédiatement et durablement. Les trois nuances de féminités abusées par le tombeur impénitent sont merveilleusement incarnées : Donna Anna (Esther Tonea) avec une colère bouleversante, Donna Elvira (Karine Deshayes) aux espoirs tourmentés, et Zerlina (Miriam Kutrowatz) à la légèreté sensuelle troublante. Dans le rôle de Leporello, Evan Hugues fait des étincelles sur l'air du catalogue et épate par sa vis comica. Enfin, Mikail Timonshenko propose une interprétation pleine d'alacrité, de charme et de liberté de Don Giovanni : il n'est pas un monstre érotomane mais l'incarnation d'une jeunesse dorée, privilégiée, qui se permet tout puisque rien ne lui est interdit.

"Don Giovanni" ce mardi à 19 h, vendredi à 20 h et dimanche à 17 h, à l'opéra Berlioz, Corum, Montpellier. opera-orchestre-montpellier.fr

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