Yasmine Hamdan à Paloma : un album marqué par les crises libanaises
La chanteuse libanaise Yasmine Hamdan se produira sur la scène de Paloma à Nîmes ce samedi 28 février. Son dernier album, I remember, I forget, trouve son origine dans l'explosion dévastatrice du port de Beyrouth survenue en 2020, un événement qui a profondément marqué l'artiste et sa création musicale.
Un contexte de crises multiples
Après avoir terminé sa tournée en 2019, Yasmine Hamdan avait initialement prévu de prendre une année sabbatique. Cependant, cette pause a été bouleversée par une succession de crises : l'effondrement économique libanais, la pandémie de Covid-19, et finalement l'explosion du port de Beyrouth. "C'était une accumulation de crises, j'avais besoin de souffler, de réfléchir à ma vie, à pourquoi je fais de la musique", confie-t-elle.
Cette période difficile l'a conduite à s'éloigner temporairement du milieu musical. À son retour, elle constate les difficultés croissantes des artistes, de plus en plus dépossédés par les plateformes numériques. Pourtant, la musique reste pour elle une source essentielle de sens : "Parce que la musique est ce qui donne du sens à nos vies, parce que cela me permet de transformer les expériences, j'ai senti que j'avais envie de me reconnecter à cette chose qui fait énormément de bien".
La question de l'identité et de l'exil
Née pendant la guerre civile libanaise, Yasmine Hamdan a beaucoup voyagé avec sa famille dès son plus jeune âge. Cette expérience de la diaspora influence profondément son approche artistique. "Je n'ai jamais eu de réponse claire à la question de savoir ce que signifie 'chez soi' aujourd'hui", explique-t-elle. "Les frontières nationales ne sont pas forcément celles qu'on adopte".
Son installation en France, rendue possible par ses études en français, lui a offert un environnement propice à son évolution artistique. Dans son nouvel album, elle mélange diverses traditions musicales, reflétant cette identité multiple et les réalités contemporaines de l'expatriation.
Inspirations et processus créatif
Yasmine Hamdan puise son inspiration dans de nombreuses sources :
- Des musiques variées, même celles qu'elle ne comprend pas linguistiquement
- La littérature et le cinéma
- Les émotions et intentions qu'elle perçoit dans son environnement
Son processus créatif est progressif et méticuleux : "Le travail se fait graduellement, un peu comme du tricot, de la broderie. Je fais, je défais... Je travaille avec le temps, je passe par beaucoup de processus avant d'arriver au stade final". En tant que productrice de sa propre musique, elle envisage chaque projet dans son intégralité, collaborant avec d'autres artistes pour faire grandir ses créations.
Hommage aux traditions féminines palestiniennes
La chanson Shmaali rend hommage aux femmes palestiniennes et à leurs traditions musicales. Ces comptines, transmises de génération en génération depuis la fin de l'empire ottoman, ont servi de moyen de résistance et de communication secrète. "Elles allaient chanter aux portes des prisons et faisaient passer des messages secrets, parce que ce sont des chansons codées", précise Yasmine Hamdan.
Témoignage digital et poésie
Le morceau Hon, écrit après l'explosion de Beyrouth, constitue le point de départ de l'album. Basé sur un poème d'Anas Alaili, il explore la difficulté d'être "un témoin digital" des crises à distance. "Je l'ai vécu en live, mais de loin. Avec la distance, je réalise maintenant que c'est la énième crise, explosion, guerre que je vis de loin", explique la chanteuse.
La phrase du refrain - "Il y a ceux qui sont absents et ceux qui restent" - résonne particulièrement avec son expérience : "En réalité, je ne suis jamais vraiment partie, je suis absente, mais dans l'absence, il y a toujours la promesse du retour".
Informations pratiques
Le concert de Yasmine Hamdan aura lieu samedi 28 février à 20h30 à Paloma, 250 chemin de l'Aérodrome à Nîmes. Les tarifs varient de 25 à 34 euros. Renseignements au 04 11 94 00 10.



