Près de vingt ans après le succès planétaire de « New Soul », la chanteuse franco-israélienne Yael Naim revient avec « Solaire », un sixième album conçu dans une totale liberté, qu'elle présentera en concert à Nice le 26 septembre puis au Mas d'Hiver à Puget-sur-Argens le 6 novembre. L'artiste de 48 ans, Officier des Arts et des Lettres et couronnée de trois Victoires de la Musique, s'est confiée sur son évolution artistique et personnelle, son engagement pour la paix et son besoin vital de faire rayonner la joie.
Un album né d'une période complexe, loin de la lumière
« Le point de départ a été une période complexe, pas du tout solaire », confie Yael Naim. L'approche de la quarantaine, la crise du milieu de vie, les crises climatiques et les guerres ont provoqué chez elle « un vrai vertige, une perte de sens ». Après cinq ans de transformation intérieure et de thérapie, un déclic s'est produit : « J'ai réalisé que je ne voulais plus jamais dépendre des événements extérieurs pour générer ma propre énergie. Au lieu de subir et d'attendre d'être nourrie par l'extérieur, je veux être celle qui génère le mouvement. J'avais oublié que nous sommes tous une source de puissance. »
Après des années de collaboration fusionnelle avec David Donatien, l'artiste a choisi de produire et réaliser seule cet album. « Solaire » agit comme un baume après le ténébreux « Night Songs » sorti aux premières heures du confinement. Le disque mêle envolées électro-symphoniques, pop, trip-hop, rythmes tribaux et clins d'œil bollywoodiens.
Un manifeste contre l'auto-censure et pour l'équilibre des énergies
La chanson-titre « Solaire » est un « véritable manifeste contre l'auto-censure, une invitation à cesser de s'excuser d'exister, de créer, d'être forte », selon l'artiste. Elle explique que cette difficulté à prendre sa place, surtout pour les femmes, tient « aux injonctions sociétales, à notre éducation, à la résistance qu'on rencontre dès qu'on prend notre place ou qu'on rayonne ». Pour elle, il s'agit de « connaître sa valeur profonde sans tomber dans la prétention, et rester humble face au caractère éphémère de l'existence sans pour autant s'effacer ».
Engagée auprès de la Fondation des Femmes et des Guerrières de la Paix, Yael Naim milite pour que les femmes participent aux négociations de paix, car « elles et les enfants sont les premières victimes des conflits armés ». Elle peint également une série de portraits intitulée « Well Behaved Women », des femmes « dont la bouche est fermée, mais dont les yeux racontent tout ». Pour elle, « nier l'une des deux énergies - masculine ou féminine - c'est se suicider en tant que société ».
Une résonance douloureuse après le 7 octobre 2023
Le morceau « Rabbit Hole », écrit avant le 7 octobre 2023, questionne la fabrique de la haine et prend aujourd'hui « une résonance douloureuse ». Ayant grandi en Israël, l'artiste a dû « faire un long travail personnel pour défaire des croyances qu'on m'avait inculquées sur la notion de “nous” et “les autres” ». Elle cite des activistes de la paix, palestiniens comme Ali Abu Awwad ou israéliens, qui « ont perdu des proches » mais décident de dire : « Non, nous allons construire ensemble le monde de demain ». Selon elle, « il faut sortir de ces narratifs de vengeance. Toutes les guerres finissent par s'épuiser. »
En réponse à cette fermeture, elle offre des titres comme « The Other Side » et « Multicolor ». « Ce qu'on découvre derrière la peur une fois qu'on la traverse, c'est l'amour », affirme-t-elle. Musicalement, l'album bouscule les frontières avec « Dream », un cri écologique poignant, et « Wow », un titre satirique et presque rappé sur le culte de la performance. « Je suis désormais une artiste totalement indépendante, j'ai réalisé mes dix derniers clips. Je prends mes propres risques », conclut-elle.
Deux concerts sur la Côte d'Azur
Yael Naim se produira samedi 26 septembre à 20 h 30 au théâtre Lino Ventura, 168 boulevard de l'Ariane à Nice (tarifs : 21 à 24 euros, renseignements au 04 97 00 10 70, www.nice.fr), puis vendredi 6 novembre au Mas d'Hiver, 514 chemin de St-Tropez à Puget-sur-Argens (tarifs à partir de 18,40 euros pour les enfants et environ 43,40 euros en tarif normal, billets sur Ticketmaster ou See Tickets, 04 94 81 56 83, https://lemas-concert.com).
L'artiste, qui se dit « méditerranéenne », entretient un lien particulier avec la Côte d'Azur : « Mon corps a besoin de cette chaleur, de cette lumière, du chant des cigales, du bruit de la mer. Le tempérament des gens d'ici est très proche de là d'où je viens. Je m'y sens immédiatement chez moi. »



