Sylvie Tassin, professeur de chant, se lance dans une carrière solo à 53 ans
À 53 ans, Sylvie Tassin, professeur de chant, franchit le pas et entame sa carrière de chanteuse solo avec la sortie d'un EP prévue le 20 juin. Son plus grand défi ? Son âge, qu'elle a décidé de transformer en atout. « J'ai une voix grave… Enfin vous avez sûrement remarqué », s'esclaffe-t-elle, faisant référence à son timbre baryton, une tessiture qui l'a longtemps retenue de se lancer dans la musique.
Une rencontre au studio Black Wall Island à Thairé
C'est dans le studio de son label Black Wall Island, situé à Thairé, que la chanteuse rochelaise nous accueille, vêtue d'un blouson de football américain, d'un jean clair, de chaussettes rayées et arborant un large sourire. Il y a à peine un an, elle prenait la décision audacieuse de défier l'industrie musicale en entamant sa carrière solo.
Originaire de Liège, en Belgique, Sylvie découvre le piano à l'âge de neuf ans. Son père lui impose une condition : « Tu passeras au chant une fois que tu auras un diplôme ». Après l'obtention d'une licence en communication, la jeune musicienne s'envole pour Paris, où elle s'initie aux arts à l'école Alice Dona. « J'ai trouvé un goût pour le théâtre, j'adorais être sur scène, raconte-t-elle. Et surtout j'ai appris l'écriture de chansons. »
La libération par l'écriture et les influences musicales
Aux côtés de Claude Lemesle, auteur du célèbre titre Dans les yeux d'Émilie de Joe Dassin, Sylvie trouve une forme de libération. « Je suis très angoissée par le monde, j'ai besoin d'exprimer tout ça », confie-t-elle. Dans sa chanson Cours Loin (sortie le 20 mars 2026), elle invite à « quitter la vie hurlante », expliquant que l'art a un effet adoucissant, comme un pansement. Ses influences majeures incluent Francis Cabrel et David Bowie.
Dans sa quête pour percer, Sylvie passe des castings, notamment pour le rôle de Pocahontas, mais Walt Disney répond : « Désolé, on a déjà le bûcheron. » Sa voix de baryton lui fait défaut : « Je n'étais pas une Céline Dion, comme toutes les autres de mon école. »
Un parcours varié avant l'enseignement du chant
Elle explore divers styles musicaux, du rock et soul avec Los Jivaros au country avec The Ugly Meatballs, participant à des groupes amateurs pendant plusieurs années. Pour subvenir à ses besoins, elle occupe divers emplois alimentaires : en galerie d'art, dans un magasin d'art africain, à la Fnac… avant de devenir professeur de chant en 2015.
Le déclic grâce à Internet et le label Black Wall Island
C'est grâce à Internet qu'elle « crée sa propre pédagogie », explique l'ancienne manageuse. « Je comprenais enfin que la physionomie détermine ce qu'on peut chanter. » Inutile de chercher à égaler Céline Dion, Sylvie se replonge dans l'écriture en 2018. Le label rochelais Black Wall Island apparaît comme une évidence. « Mes chansons méritaient d'être écoutées ! Et de toute façon je n'avais rien à perdre. »
Assumer son âge dans une industrie axée sur la jeunesse
Une fois le contrat signé, assumer son âge reste le dernier frein. Dans une industrie où les jeunes talents dominent (via La Star Academy, The Voice Kids, etc.), lancer une carrière solo à 53 ans est un défi de taille. Florent Sol, son manager, propose un plan : deux vidéos par semaine pendant six mois. « Je n'en dormais pas, ça a été comme une thérapie, assure-t-elle dans un rire. Je voulais montrer que chanter et écrire n'ont pas d'âge. »
Sur sa page Instagram, on peut lire : « Une vieille jeune talent, c'est l'avenir, non ? ». L'avenir s'annonce prometteur avec un concert le 21 mars à la Kanopée, à Lagord, suivi de la sortie de son EP le 20 juin.



