Patrick Hernandez lève le voile sur les mystères de Born to be Alive
Depuis près de cinquante ans, Patrick Hernandez fait vibrer les pistes de danse du monde entier avec son hymne disco intemporel, Born to be Alive. L'artiste, aujourd'hui âgé de 76 ans et toujours arborant un look dandy distinctif, est actuellement en tournée avec le spectacle Stars 80 Forever. À cette occasion, il a accepté de rétablir certaines vérités concernant les légendes urbaines les plus persistantes qui entourent sa carrière exceptionnelle.
La genèse mouvementée d'un tube planétaire
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Born to be Alive aurait très bien pu ne jamais connaître le succès que l'on sait. Patrick Hernandez révèle que la chanson a vécu plusieurs existences avant sa version définitive. « J'ai écrit cette chanson en 1973, en version acoustique, seul avec ma guitare. À l'époque, elle ressemblait davantage à une composition de Bob Dylan », confie-t-il. Cette première mouture ne sera jamais commercialisée.
En 1975, le morceau est repris par son groupe, Paris Palace Hôtel (PPH), dont il est le guitariste et chanteur. Ils en proposent une version rock, mais celle-ci ne parvient pas non plus à convaincre. Un producteur belge, Jean Vanloo, tente ensuite de produire un album incluant cette chanson, sans plus de succès.
Trois années plus tard, Jean Vanloo revient à la charge avec une idée audacieuse : transformer Born to be Alive en un titre disco. « Je me suis dit que c'était une très mauvaise idée, car le disco n'était vraiment pas mon univers », avoue Patrick Hernandez. Mais le producteur insiste, évoquant le travail réalisé avec les Bee Gees. « Il m'a convaincu en me disant : ''Je veux faire avec toi le même travail qu'eux''. Je me suis laissé tenter, j'avais alors presque 30 ans. En studio, tout le monde nous a assuré que nous tenions une bombe entre les mains ».
Le succès fulgurant et ses conséquences
Cette bombe disco explose en France au début de l'année 1979. Le single atteint rapidement la première place des charts dans de nombreux pays et se vend à plus de vingt-cinq millions d'exemplaires à travers le globe. « J'ai réalisé un fantasme, celui de déclencher des émeutes et d'obtenir l'approbation de tous », reconnaît l'artiste. Mais cette gloire soudaine s'accompagne rapidement d'un revers. « Je me suis vite rendu compte que ce n'était pas ce que je souhaitais vraiment. J'étais même soulagé lorsque cette expérience du succès a pris fin ».
Cette période de célébrité intense plonge Patrick Hernandez dans une spirale d'excès. « Je flambais sans compter. Je prenais un Paris-New York en Concorde simplement pour aller boire l'apéritif avec des amis à Los Angeles », raconte-t-il. Les invitations pleuvent, mais les vraies amitiés se font rares. « On m'appelait tous les soirs pour dîner, et au moment de réguler l'addition, tout le monde disparaissait aux toilettes », s'amuse-t-il aujourd'hui.
Cette vie effrénée dure trois ans, de janvier 1979 à la fin de l'année 1981. « Je ramassais davantage de disques d'or que je n'assurais la promotion de la chanson, qui était tellement puissante qu'elle se vendait d'elle-même. Je suis sorti défait de cette période. Je ne consommais pas de drogues, mais je buvais énormément d'alcool pour tenir le rythme. Je commençais au gin dès 8 heures du matin ».
Les revenus actuels d'une chanson culte
Près d'un demi-siècle après sa sortie, une légende urbaine persiste concernant les revenus générés par Born to be Alive. Patrick Hernandez apporte des précisions chiffrées : « Je suis à la fois l'auteur, le compositeur, l'interprète, l'éditeur et le producteur de la chanson. Aujourd'hui, je gagne entre 800 et 1 500 euros bruts par jour grâce à ce titre, et je reverse 50 % de ces revenus aux impôts. Les droits d'auteur représentent également une part importante ».
L'artiste détaille les différentes sources de revenus : « En 2025, le morceau a été utilisé dans quatre publicités, dont deux en France pour Bjorg et des cures thermales. La publicité rapporte énormément. Ma chanson figure aussi dans le dernier ''Dexter'' et dans ''Les Minions'', et ces placements se négocient. Enfin, je donne environ cent concerts par an avec Stars 80. Au total, cela représente entre 800 et 1 500 euros bruts par jour. Sur les mauvaises années, je descends à 10 000 euros par mois. Comparé à certains de mes camarades du showbiz français, c'est peanuts. Mais dans mon cas, tout cela provient d'une seule chanson ».
La véritable histoire avec Madonna
Une autre rumeur tenace concerne la relation entre Patrick Hernandez et Madonna. Beaucoup affirment que la future star internationale aurait été sa danseuse. L'artiste rétablit les faits : « Je l'ai rencontrée lors d'une audition à New York en 1979, alors que je débutais la promotion de ''Born'' aux États-Unis. Madonna, âgée de 19 ans, s'est présentée. Elle avait déjà une personnalité affirmée, était drôle et dansait très bien. Mais nous ne souhaitions pas l'engager comme danseuse, car nous pressentions qu'elle avait un autre talent naissant ».
Patrick Hernandez et Madonna décident alors de collaborer sur un projet musical en France. « Nous avions le projet de lui faire enregistrer un disque avec notre label. Un producteur nous a hébergés dans un appartement près du Parc Monceau. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Malheureusement, son projet de disque n'a pas abouti, car elle préférait à l'époque se consacrer au cinéma, au théâtre et à la danse plutôt qu'au chant. Nous avons tenté de la convaincre, sans succès. Au bout d'un an, elle est retournée à Détroit voir sa famille et n'est jamais revenue. Quand elle a sorti ''Holiday'' en 1983, cela ne m'a pas surpris, car elle était extrêmement talentueuse ».
Ainsi, contrairement à la croyance populaire, Madonna n'a jamais dansé pour Patrick Hernandez. L'artiste explique l'origine de cette confusion : « J'avais six danseurs et danseuses en France pour les promotions européennes de ''Born''. Parmi elles, une fille ressemblait étrangement à Madonna. Tous les réalisateurs de télévision avec qui j'ai travaillé étaient persuadés que c'était elle, alors que ce n'était pas le cas. La rumeur a pris de l'ampleur. Certaines personnes affirmaient même avoir bu un verre avec elle... Quand Madonna a commencé sa promotion pour son premier titre, elle a raconté qu'elle avait travaillé avec moi. Comme elle était danseuse à l'origine, les gens en ont déduit qu'elle avait dansé derrière moi, ce qui est faux. Ce qui est vrai en revanche, c'est que nous avons beaucoup dansé ensemble dans les boîtes de nuit parisiennes ».
La tournée Stars 80 Forever
Patrick Hernandez continue de faire vivre l'esprit des années 80 à travers la tournée Stars 80 Forever. Le spectacle s'arrêtera notamment dans plusieurs villes françaises au cours des prochains mois :
- Poitiers le 14 mars
- Strasbourg le 22 mars
- Lille le 26 mars
- Nantes le 2 avril
- Nice le 8 avril
- Montpellier le 10 avril
- Paris le 14 avril
- Dijon le 24 avril
- Rennes le 29 avril
- Chartres le 7 mai
À 76 ans, Patrick Hernandez prouve que l'énergie du disco est toujours bien vivante, et que les vérités derrière les légendes méritent d'être racontées.



