Mort de Willie Colon, légende de la salsa et pionnier du son Fania
Willie Colon, géant de la salsa, producteur, compositeur, arrangeur, chanteur et tromboniste de renom, est décédé samedi 21 février à Bronxville, dans l'État de New York, à l'âge de 75 ans. Hospitalisé en urgence pour des problèmes respiratoires, l'artiste a succombé, laissant derrière lui un héritage musical considérable qui a profondément marqué la scène latine américaine.
L'album Cosa Nuestra : une pochette qui fit sensation
Deux décennies avant l'émergence du gangsta rap en Californie, la pochette de Cosa Nuestra (1969), album au titre incontestablement mafieux, avait déjà créé l'événement sur la côte est des États-Unis. Dans le milieu de la salsa, concentré à New York autour de la maison de disques Fania, cette image frappa les esprits : on y voyait, près d'un pont sur le fleuve Hudson, un homme au cheveu gominé et à la moustache lissée venant d'exécuter un contrat, sa victime les pieds lestés par un bloc de pierre.
Cette esthétique audacieuse et provocante contribua à forger l'image de Willie Colon, souvent surnommé « El Malo » (« le méchant »), un surnom qu'il porta dès son premier album en 1967. Le disque, auréolé de la fameuse « crédibilité de la rue », connut un succès immédiat, s'arrachant dans les quartiers latinos de New York.
Collaboration mythique avec Hector Lavoe
Cosa Nuestra contenait également une bombe musicale : Ché Ché Colé, adaptation d'une innocente comptine ghanéenne interprétée en duo avec un chanteur portoricain à la voix haut perchée, Hector Lavoe. Ce dernier, destiné à devenir « El Cantante de los Cantantes » (« le chanteur des chanteurs »), connut un destin tragique, mourant du sida en 1993.
Willie Colon et Hector Lavoe firent une irruption fracassante dans le paysage musical dès 1967, avec un premier album qui établit d'emblée la réputation de Colon comme figure incontournable de la salsa. Leur collaboration, marquée par une alchimie artistique rare, contribua à définir le son Fania, symbole de l'identité latino-américaine à New York.
Un héritage culturel et identitaire
Le spécialiste vénézuélien César Miguel Rondon souligne dans son ouvrage Le Livre de la salsa. Chronique de la musique de la Caraïbe urbaine (éd. Allia, 2023) l'importance de Willie Colon pour son barrio de naissance. « Par-delà ses trombones immatures et désaccordés, le musicien Willie Colon offrait à son quartier une musique culturellement valide, parce qu'elle était authentique et vectrice d'identité », écrit-il.
Willie Colon, avec son trombone rangé dans sa housse, a désormais rejoint l'autre monde, mais son influence perdure. Son œuvre, à la fois audacieuse et ancrée dans la réalité urbaine, continue d'inspirer les générations suivantes, témoignant de la vitalité et de la richesse de la musique latine.



