Mort de Michel Portal, le musicien inclassable qui refusait les étiquettes
Le monde de la musique est en deuil. Michel Portal, clarinettiste virtuose, bandonéiste et compositeur d'exception, s'est éteint mercredi 12 février à Paris, à l'âge de 90 ans. Né à Bayonne, cet artiste inclassable a toujours refusé les frontières entre le classique et le free-jazz, affirmant que la crainte de « tricher avec la musique » le poussait à fuir le confort des étiquettes.
Un parcours musical exceptionnel
Né entre-deux-guerres dans les quartiers populaires de Bayonne, Michel Portal est initié au bandonéon dès l'âge de 9 ans. Enfant prodige, il étudie la clarinette à Bayonne et à Bordeaux avant de conquérir Paris. En 1959, il remporte le premier prix de clarinette au Conservatoire national supérieur, prélude à une série de distinctions internationales. Multi-instrumentiste de génie, il devient un soliste prisé par les compositeurs contemporains comme Pierre Boulez ou Karlheinz Stockhausen.
L'exploration d'un nouveau langage musical
Mais l'excellence académique ne suffisait pas à cet esprit libre, viscéralement attaché à « créer un nouveau langage ». À la fin des années 60, il explore le free-jazz naissant avec le New Phonic Art, ensemble dédié à l'improvisation collective. Dès 1971, le Michel Portal Unit réunit musiciens européens et américains lors d'épiques concerts. À Châteauvallon en 1976, l'immense Charles Mingus s'exclame : « Écoutez ces types, ils sont étonnants : on dirait des primitifs en train de s'envoyer des messages. »
Une carrière éclectique et audacieuse
Compositeur pour le cinéma (« Le Retour de Martin Guerre », « Les Cavaliers de l'orage »), Portal n'a jamais cessé de se remettre en danger. Fidèle du festival girondin Uzeste Musical de son ami Bernard Lubat, il joue avec le batteur Max Roach, crée avec Bojan Z, ou collabore avec le guitariste bayonnais Sylvain Luc, disparu en 2024. En 2000, il rejoint à Minneapolis la section rythmique de Prince pour trois albums gorgés de funk et de jazz.
Un héritage durable
En 2019, la ville de Bayonne a rebaptisé sa scène Théâtre Michel-Portal. « C'est ici que j'ai fait mes premiers pas sur scène, à 10 ans » confiait-il alors. « Certains m'ont dit que je n'étais pas un jazzman ; d'autres que je n'étais pas un musicien classique. J'ai toujours simplement répondu que je suis musicien. » Michel Portal laisse derrière lui une œuvre riche et diverse, témoignage d'un artiste qui a toujours refusé les catégories pour mieux servir la musique.



