Morcheeba à Jazz à Juan : confidences sur trente ans de carrière
Morcheeba à Jazz à Juan : confidences sur trente ans de carrière

Ce samedi 11 juillet, Morcheeba, groupe phare de la scène trip-hop, était à l'affiche de Jazz à Juan. Les Anglais, actifs depuis trente ans, semblent avoir retrouvé une seconde jeunesse avec plusieurs albums remarqués, dont le dernier en date, Escape The Chaos, sorti en 2025.

Un festival prestigieux qui intimide

Dans la Pinède-Gould, quelques heures avant le show, le calme règne. Les balances viennent de se terminer. Le multi-instrumentiste Ross Godfrey profite du soleil, tandis que la chanteuse Skye Edwards se déplace avec des béquilles, le pied droit dans une botte orthopédique. « Je me suis fait une entorse de la cheville en pleine séance de jardinage », avoue-t-elle. Malgré ce contretemps, les deux membres de Morcheeba sont prêts à monter sur la scène du festival, dont la prestigieuse histoire les intimide.

« L'histoire de ce festival est tellement incroyable que j'ai ce qu'on appelle le syndrome de l'imposteur en étant ici ! », confie Ross Godfrey. Skye Edwards renchérit : « Jouer sur la même scène que tous ces gens incroyables passés avant nous, c'est trop. Eric Clapton, Nina Simone, Phil Collins, Tony Bennett, Pat Metheny, Ben Harper, Ella Fitzgerald : tous ces artistes sont incroyables. »

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Une carrière marquée par le renouveau

Fondé en 1995, Morcheeba a connu de grandes heures, des coups de mou, puis un regain d'intérêt à l'orée des années 2020. Leur dernier album, Escape The Chaos, appuie ce retour en force. À Juan, les Anglais ont pioché dans ces titres tout frais, sans se priver de replonger dans leurs classiques. « Nous avons fait trois albums au cours des six ou sept dernières années. C'est un peu comme les bus. Tu attends des siècles, et d'un coup, il y en a trois qui arrivent en même temps », explique Ross Godfrey.

Interrogé sur leur lien avec le jazz, Ross Godfrey se souvient : « Quand j'étais petit, mon père avait beaucoup de bons disques de jazz. Il était plutôt amoureux des percussions, donc on écoutait beaucoup Buddy Rich et Max Roach. J'ai aussi adoré John Coltrane et Miles Davis. In a Silent Way de Miles Davis est l'un de mes records préférés. »

La timidité surmontée et la célébrité évitée

Skye Edwards revient sur ses débuts difficiles sur scène : « Je faisais les chœurs dans un groupe, je ne pensais pas avoir les épaules pour me retrouver devant. J'étais assez timide, l'alcool m'aidait à traverser chaque concert. Maintenant, j'ai arrêté de boire. J'utilise l'EFT, une technique de libération émotionnelle. Cela vous aide à reprogrammer votre cerveau. »

Quant à la célébrité, Ross Godfrey affirme : « Nous ne sommes pas vraiment attirés par la célébrité. J'aime aller dans de belles fêtes de temps à autre, mais je ne cherche pas à être reconnu. Nous sommes assez éloignés de tout ça, je crois que ça nous aide à nous concentrer sur notre musique. » Skye Edwards ajoute : « Je déteste le mot “célébrité”. Depuis quelques années, avec les émissions de télé-réalité, tu peux en devenir une juste parce que tu as laissé un bout de sein sortir. »

Un titre qui a changé leur vie

Skye Edwards désigne Trigger Hippie comme la chanson qui a tout changé : « C'est la chanson qui nous a permis de signer un deal avec une maison de disques, la première qu'on a écrite avec Ross. En plus, mon fils Jaega, qui était tout petit, apparaissait dans le clip. Il est devenu batteur, il a notamment joué pour Gorillaz. »

La longévité et l'impact sur les fans

Interrogé sur leur longévité, Ross Godfrey répond : « Nous aimons ce que nous faisons, nous nous aimons l'un et l'autre. Le groupe est bon, l'équipe autour de nous aussi, c'est si important. Notre tout premier show était un désastre. Mais aujourd'hui, on doit valoir un bon 6 ou 7 sur 10 ! (il rit) On a toujours voulu faire une musique qui ne nous ferait pas passer pour des gens stupides à 50 ou 60 ans. »

Skye Edwards évoque l'impact de leur musique : « La musique peut être cathartique. De nombreuses fois, les gens m'ont dit que notre musique les avait aidés à traverser des situations difficiles. J'ai rencontré un fan qui m'avait écrit un petit mot, disant qu'Escape The Chaos l'avait empêché de se suicider. C'est très émouvant de savoir qu'on a permis à quelqu'un de survivre. »

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Ross Godfrey conclut sur son abandon des réseaux sociaux : « J'ai abandonné les réseaux sociaux il y a environ six mois. Et je me sens tellement plus léger depuis. Quand tu es dessus, tu es bombardé d'opinions et de choses inintéressantes. »