Little Richard, le pionnier flamboyant du rock'n'roll, s'éteint à 87 ans
Little Richard, légende du rock'n'roll, est mort à 87 ans

Pianiste, chanteur et figure étonnante, le musicien américain Little Richard s'est éteint à 87 ans, le 9 mai 2020. Il était un des derniers pionniers du rock'n'roll. Retour sur son parcours avec un article publié à l'époque.

« Awopbopaloobop, Alopbamboom... »

Deux onomatopées à rallonge composent l'intro la plus électrisante de l'histoire du rock'n'roll. Celle de « Tutti Frutti », deux minutes et vingt-cinq secondes de furie, signés par le musicien américain Little Richard. Ce samedi, ce pionnier du rock'n' roll s'est éteint à Los Angeles, à l'âge de 87 ans. Au terme d'une vie littéralement extraordinaire, jalonnée de triomphes et de chutes, rythmée de chants d'église et de la « musique du diable ». Un parcours dessiné avec de la sueur, du sang et du khol pour les yeux.

« Tutti Frutti »

Richard Penniman est né à Macon, en Georgie, un État coincé entre l'Alabama des paysans à nuque rouge et la Floride des rupins. Son grand-père et deux de ses oncles sont des prêcheurs baptistes, et Richard, troisième enfant d'une fratrie de douze, chante le gospel avec les siens sous le nom de Penniman Singers, à l'église ou dans les radio-crochets.

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Chassé de la maison à l'âge de 13 ans (à cause de son homosexualité naissante, expliquera-t-il plus tard), Richard accompagne sur la route un bonimenteur. Renommé « Little Richard », il chante dans les foires où le prétendu Dr Hudson fourgue aux gogos ses potions d'huile de serpent. Il est encore mineur lorsqu'à 18 ans, il fait la rencontre du bluesman Billy Wright, part pour New Orleans et enregistre ses premiers blues pour RCA.

L'avènement de Little Richard est une anecdote qui ressemble à toutes les légendes du rock'n'roll : désormais à la tête de son propre groupe, The Upsetters, Little Richard ne décolle pas. En 1955, il enregistre, dans un studio de New Orleans, de nouveaux blues, assez lents qui ne convainquent guère son producteur. Au moment de ranger les micros, Little Richard improvise une rythmique rapide sur son piano et, sans paroles écrites, hurle n'importe quoi : « Tutti Frutti » est né.

Parue en février 1956, la chanson est un grand succès, plus énorme lorsque reprise, dès le mois suivant et dans une version plus sage, par le chanteur blanc Pat Boone. Les tubes s'enchaînent alors : « Lucille », « Kansas City », « Good Golly Miss Molly »… autant de classiques instantanés.

Mascara, petite moustache fine comme un trait de pinceau, chevelure exubérante de pompadour… À 24 ans, Little Richard est une bête de scène hyper-sexuée, qui chante debout en martelant son piano. Et qui crève l'écran au cinéma dans « La Blonde et moi » avec Jane Mansfield, ou « Don't Knock the Rock » aux côtés de Bill Haley.

« La musique du diable »

En octobre 1957, lors d'une triomphale tournée australienne avec Gene Vincent et Eddie Cochran, Little Richard fond les plombs. Dans un rêve, il s'est vu seul et nu, brûlant en enfer. Persuadé d'avoir reçu un avertissement divin, le musicien jure de ne plus pratiquer la « musique du diable », part à l'Université chercher un diplôme de théologie, devient prêcheur baptiste et enregistre des chants gospel produits par Quincy Jones.

Cinq ans passeront, pendant lesquels ses Upsetters feront les mercenaires pour James Brown, avant que de jeunes Anglais ne le rappellent au-devant de la scène rock'n'roll : les tous jeunes Beatles le vénèrent et l'invitent à Liverpool. À Londres, il partage quelques concerts avec les Rolling Stones en 1963… La machine est relancée et la 2e carrière rock'n'roll de Little Richard sera plus flamboyante encore que la première.

Elle périclite pourtant au mitan des années 70, plombée par l'alcool et la cocaïne, jusqu'à un nouveau retour à l'église, au prêche et au gospel. Après quoi, Little Richard est surtout apparu au cinéma et à la télévision (« Le Clochard de Beverly Hills » en 1986, un épisode de « Colombo » en 1991, « King Ralph » en 1996…), son retour à la musique ayant été contrarié par un accident de voiture qui faillit lui coûter la vie en 1986.

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Une influence multiple

La carrière musicale de Little Richard est celle d'un météore qui – chose rarissime – a plusieurs fois illuminé le ciel. Égal de Chuck Berry, ce compositeur génial a signé des chansons reprises par Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Buddy Holly, Eddy Cochran et Gene Vincent, des chanteurs blancs qui ont permis l'établissement des canons du rock'n'roll. Mais Little Richard a aussi influencé des soulmen comme James Brown, Otis Redding ou Wilson Pickett. Et a été un des premiers à engager, en 1964, un jeune guitariste nommé Jimi Hendrix !

À leurs débuts, Les Beatles comme les Stones l'ont mille fois repris, voire carrément plagié. Idem Led Zeppelin, qui a décalqué un de ses titres pour son succès « Rock and Roll ». Enfin, par sa personnalité exubérante, celui qui a très tôt assumé sa bisexualité, n'a-t-il pas ouvert la voie pour Elton John, David Bowie ou tout le mouvement glam-rock ?