Kevin Costner, Jeff Goldblum, Steven Seagal, Eddie Murphy, Jamie Foxx… Ils sont légion les acteurs hollywoodiens à s’être aussi emparé du micro, à des stades plus ou moins avancés de leur notoriété. Kiefer Sutherland a commencé pour sa part en 2016, l’année de ses 50 ans, avec un premier album intitulé Down in a hole, dont il est la voix et le co-auteur des titres.
Depuis ce coup d’essai jusqu’au petit dernier Grey, prévu dans les bacs le 29 mai prochain, l’ex-agent Jack Bauer de la série phénomène 24 creuse un sillon oscillant du rock à la folk avec un zeste de country… Rien d’une originalité folle – on pense régulièrement à Bruce Springsteen, Kris Kristofferson ou Tom Petty. Mais une indéniable sincérité dans la voix doucement éraillée de Kiefer, doublée d’une production aux petits oignons, emportent le morceau.
Kiefer Sutherland en concert avec son groupe, le 8 mai 2026 à l'Alhambra (Paris).
Conçus dans une veine plus introspective et mélancolique, Grey et ses dix chansons évoquent des thèmes inhérents à l’âme d’un homme frôlant la soixantaine : la perte des êtres chers (comment ne pas penser à son propre père, Donald Sutherland, disparu le 20 juin 2024), l’adieu à la Californie de sa jeunesse, le temps qui passe, ses démons personnels et même une ode typiquement Springsteenienne aux fermiers de la côte Est, où réside désormais l’artiste…
Des news de Jack Bauer…
Et sur scène ? En toute franchise : quelle bonne surprise ! Nettement plus rock en live que sur Grey, Kiefer Sutherland, guitare électrique en main et timbre puissant tout du long, a donné un concert à la fois énergique et émouvant avec son quintet, ce 8 mai, à l’Alhambra de Paris. Plus d’une heure de prestation conclue par trois titres en rappel, dont une singulière reprise du In the air tonight de Phil Collins.
Un beau concert, donc, et la confirmation qu’en parallèle de son impressionnante carrière à l’écran, Kiefer Sutherland le rocker n’a pas à rougir de ses pas de côtés musicaux. « Le Point » a eu la chance d’échanger quelques minutes avec la star, peu avant sa montée sur scène… et comme le naturel revient souvent au galop, nous n’avons pu réprimer une ultime question s’inquiétant de l’avenir du rôle fétiche de l’artiste : Jack Bauer, bien sûr !
Kiefer Sutherland à l'Alhambra de Paris
Le Point : À quand remontent vos premières amours avec la musique ?
Kiefer Sutherland : À l’âge de 4 ans, lorsque j’ai commencé à jouer du violon à la demande de ma mère. La guitare m’a très vite attiré ensuite mais ma mère a insisté pour que je reste exclusivement sur le violon jusqu’à l’âge de 10 ans. Elle m’a promis qu’à cette condition, elle m’offrirait une guitare… et elle a tenu parole. Ma toute première guitare fut une Yamaha acoustique, une des plus difficiles techniquement.
Ma passion pour la musique et mon envie de développer cet art à côté de la comédie, sont venues de ces moments où, à 13 ans, j’improvisais des mélodies devant mes copains de lycée. Quand j’ai vu que certains aimaient mes compositions j’ai persisté dans cette voie. Mais j’ai toujours commencé par écrire des paroles, par exprimer mes sentiments puis trouver les mélodies qui s’y prêtaient. Le piano est le 3e instrument dont je joue aussi régulièrement.
Si vous deviez citer trois artistes majeurs qui ont influencé votre style ?
Il y en a tant… Mais si je devais vous donner trois noms ce serait Johnny Cash, Bruce Springsteen et Paul Simon. Chez les deux derniers, j’ai toujours adoré la façon dont leurs mots savaient si bien décrire, le New Jersey pour l’un, New York pour l’autre. Particulièrement avec certains titres de Paul Simon, j’avais l’impression de connaître New York par cœur sans jamais y avoir mis les pieds. Si seulement je pouvais écrire une seule fois dans ma vie des paroles du niveau d’une seule chanson de Paul Simon, je crois que je pourrais m’arrêter tout de suite.
Malgré le ton généralement apaisé de Grey, vous abordez des thèmes plus sombres, tels ceux de vos anciens démons et une colère que vous portez toujours en vous, comme vous l’exprimez dans « Rage in me »… Quelle est donc cette rage évoquée dans ce titre ?
Je parle de ce sentiment de colère que je perçois autant en moi que dans le monde qui nous entoure. En vieillissant, moi comme nous tous, connaissons ce sentiment de moins compter, d’être laissé derrière… J’ai l’impression que ce cycle inévitable s’aggrave avec l’accélération technologique.
Si votre père Donald, disparu voici presque deux ans, écoutait votre album, à votre avis, quelle serait sa chanson préférée ?
Je pense qu’il serait très fier de Come back down. C’est ma chanson la plus personnelle sur ce nouveau disque, mais ses paroles parleront à tous… Et je pense qu’il adorerait particulièrement le solo de guitare et tout le groove général du titre !
Vous avez été dirigé en 2024 par Clint Eastwood dans Juré N.2, alors qu’il avait 94 ans. Que vous inspire une telle longévité ?
Que l’art peut vous maintenir en vie très longtemps ! Vous savez ce que disait Clint sur le tournage ? Sa blague favorite était de dire « Méfiez vous des vieux, parce qu’une fois dans la place, ils peuvent tout défoncer ! ». Entre lui et Gordon Lightfoot, que j’ai vu jouer sur scène pendant plus de deux heures alors qu’il avait plus de 80 ans, j’ai plus de preuves qu’il ne m’en faut pour savoir qu’il est possible pour moi de jouer aussi longtemps qu’eux. C’est possible.
Bon… Mais et ce nouveau reboot de « 24 » dont il était question voici quelques mois, ça en est où ?
Écoutez, il y a un scénario… Il est prêt à être tourné, moi je suis d’accord pour rempiler… À la minute où un studio donnera son feu vert, c’est parti !
Album Grey, sortie le 29 mai (Maple Creek Records)



